Patchouka (Ornella de St G)
décembre 8th, 2007 byPatchouka
Un vaisseau trop grand, gigantesque, stationné en travers de la place rouge, défigurait le coup d’œil. Des gardes l’entouraient, s’agitant sans une réelle coordination en attendant les ordres et des renforts. Les touristes étaient refoulés vers les rues adjacentes, sans ménagement.
Poutine venait d’être prévenu, il paraissait au bord de la crise de nerfs, sommant le chef d’état-major de l’armée de l’air de lui donner des explications dans les plus brefs délais.
Les premiers chars étaient en approche, écrabouillant les massifs de fleurs et les pelouses du Kremlin… Les hélicoptères de la sécurité civile tournoyaient déjà, comme des mouches sur un cadavre…
Image peut-être insolite, mais pas si éloignée de la vérité !
Alep, l’aérostier, fut éveillé par le silence. Il se souleva de sa couche, contrôla l’heure et constata qu’il avait encore deux heures de sommeil devant lui. Cependant, le trop grand silence qui régnait dans l’habitacle lui parut suspect. Se frottant les yeux de devant, il s’approcha de la console et pianota quelques commandes.
Le système solaire repéré avait bien été localisé, ainsi que la troisième planète, celle qui avait attiré l’attention des surveillors par la présence de nombreux satellites artificiels…
Alep se rendit compte qu’il n’avait pas pris la précaution de prévoir une orbite d’attente… La détection de plusieurs lieux de concentration de vie, avait dirigé l’astronef vers l’une d’elles.
— Bon sang ! J’espère que je n’ai pas atterri !
Gorski Bodianov n’en menait pas large. Les gouttes de sueur roulaient en cascade sur son front. Il avançait à petits pas vers Poutine, qui, de dos, observait de la fenêtre de son bureau, le vaisseau spatial avec des jumelles.
Il se retourna en entendant un raclement de gorge :
— Bodianov ! Enfin ! Vous allez m’expliquer ?
— Monsieur le Président, nous n’avons aucune information. L’appareil semble s’être matérialisé soudainement…
— Vous vous fichez de moi ? Avec tous les moyens de détection dont vous disposez, pas fichus de voir se poser un engin de cette taille, au centre du Kremlin ?
— C’est incompréhensible.
— Les Américains n’ont pas pu fabriquer ce truc sans qu’on en ait entendu parler… Les Chinois ?
— Possible. Mais je doute, les ambassades ont été contactées…
— Ça n’est pas votre problème ! Assurez-vous de la sécurité, si vous en êtes encore capable. Je m’occupe des ambassadeurs. Je veux des explications dès ce soir… ou votre démission !
À ce moment, un conseiller vint lui parler discrètement. Poutine répliqua à voix haute :
— Il est déjà au courant ? дерьмо[1] Passez-le-moi ici.
Le conseiller se retira. Poutine posa les jumelles sur une commode, constata que Bodianov était encore là, au garde-à-vous.
— Qu’est-ce que vous attendez, allez ! Au trot, disparaissez !
— Da !
Il claqua les talons et s’esquiva en se courbant. L’huissier referma la lourde porte sur lui. Gorski Bodianov sortit un mouchoir de sa poche pour s’éponger le visage. Il s’attendait au pire…
Il allait pour s’éloigner quand il entendit la voix de Vladimir Poutine bafouiller au travers des murs.
« Georges « debeullyou» ! What news ? »
L’huissier lui fit signe de s’écarter.
Pendant que Gorski Bodianov regagnait son QG, les deux présidents s’expliquaient. « Non, les Américains ne sont pas responsables de ce coup-là. »
— Mon cher Vlad, si nous possédions un vaisseau de cette envergure, nous n’irions pas l’exposer au milieu de la place rouge. On aurait été niquer Téhéran… Tu penses.
— Da Georges, mais qui alors ? Les Chinois ?
— C’est possible, ils sont assez sournois pour flinguer tes élections. Maintenant, je connais un peu leur technique, si ce truc vole, c’est au charbon. Et s’il est passé au travers des mailles de tes radars, c’est qu’ils ont fait une distribution de Vodka à tes gars. J’envoie une équipe de techniciens pour voir de quoi il retourne.
— Ho ! Tank you Georges, mais ce n’est pas la peine, nous avons d’excellents spécialistes qui sauront faire ce travail parfaitement. Garde tes espions, offre-leur un verre de Bourbon de ma part.
— Je disais ça pour t’aider…
— Je sais Georges, je sais !
Vlad reposa le combiné du téléphone rouge, juste au moment où le téléphone jaune se mettait à sonner. Il décrocha.
— Da ?
Une musique révolutionnaire résonna, dans le combiné, puis une voix féminine lui dit :
— Ne quittez pas, le président Hu Jintao va vous parler… Crrrrr…. Grororo… crrrikkk … 中国/中國**
— Hein ?
— Vladimir ? C’est Hu !
— Cher ami ! Que me vaut le plaisir de ce coup de fil ?
— J’ai ennntennndù que les ammméricains avaient envoyé unnn avionnn espionnn…
— Je vous arrête cher ami, c’est juste une maladresse d’un général de l’armée de l’air qui a mal interprété des ordres. Nous voulions garder secrète cette arme révolutionnaire… C’est fichu.
— Ha bonnn !
Gorski Bodianov avait retrouvé sa superbe. La panoplie de gradés de tous poils alignée face à lui n’en menait pas large.
— Bande d’incapables ! Déchets deдерьмо ! Trouvez-moi les responsables de ce foutuдерьdier. Je veux des têtes.
Puis se tournant vers le colonel Ouratioff ;
— Ce machin n’est pas apparu du néant. Trouvez-moi son origine. Que ça saute !
Il renvoya tout le monde.
— Ivan, prépare mon manteau, je veux voir ça de mes yeux.
Quelques minutes plus tard, il se trouvait confronté à la barrière de sécurité. Un planton lui barrant le passage.
— Interdit ! On ne passe pas !
— Crétin, je suis Gorski Bodianov
Il entrouvrit son manteau pour montrer ses galons.
— Excusez-moi général !
Il lui dégagea le passage. Le général avança de quelques pas, puis se retournant vers le soldat.
— Personne ne passe ?
— Non mon général, sauf avec une recommandation de l’état-major.
— Et ce monsieur-là en avait une ?
— Parfaitement, mon général
— Appelle le lieutenant de compagnie !
— Le voici…
Le lieutenant, tremblant des genoux, s’était approché dès qu’il avait reconnu le personnage.
— Un problème mon général ?
— Oui ! Vous mettrez cet homme aux arrêts de rigueur dès qu’il aura terminé sa garde. 10 jours. Et autant pour vous.
Laissant les soldats stupéfaits, il s’éloigna pour s’approcher de l’homme qu’il avait reconnu.
— John ?
Le type se retourna.
— Ho ! Ce cher Gorski Bodianov.
Ils se serrèrent la main.
— Je suppose que vous avez des papiers en règle…
— Vous voulez les voir ?
— Inutile, je connais votre conscience professionnelle. Ils doivent être parfaits… Quel nom cette fois ?
— Wayne. John Wayne. Ça sonne bien n’est-ce pas ?
Sourire aux lèvres, les deux hommes se tournèrent vers le vaisseau.
— À quoi pensez-vous John ?
— Hum… Vous vous souvenez de cette histoire de Roswell ?
— Trucage…
— Peut-être, nous n’y étions pas. Ça, c’est un de vos trucages ?
— Allons tâter pour voir si c’est du carton.
Ce vaste vaisseau avait l’apparence d’un delta assez effilé, le dessus était bombé et la coque était striée dans le sens de la longueur. Peint en noir, il ne portait aucune inscription. On n’y apercevait aucun hublot. À une dizaine de mètres, ils se heurtèrent à un corps solide, complètement invisible.
— On dirait un champ de force, dit John. Aucun son quand on le frappe, c’est lisse, sans sensation particulière.
— Vous savez faire ça vous ?
— J’avoue que non, seuls les Japonais ont travaillé ce procédé, mais pas à ce niveau.
— Et si c’était réellement des extra-terrestres ?
Un soldat de garde, portant un vieux fusil à l’épaule, s’approcha d’eux :
— C’est sérieux, dit-il avec un petit accent british, nous allons devoir coopérer.
Bodianov sursauta :
— Vous êtes là vous aussi ? Manque plus que les Français pour être complet…
— Il est là-bas, en train de téléphoner… le jardinier !
Trois jours passèrent. Le vaisseau ne bougeait pas, aucune trace de vie n’en sortait et pas moyen de l’approcher. Les grands du monde étaient en réunion à Moscou. Discutant, discutant et encore discutant.
Peal, le contacteur, s’éveilla lentement. La lueur de la serre était réduite pour ne pas indisposer ses yeux, plongés dans l’obscurité depuis plusieurs semaines. Il secoua ses rameaux, laissant s’envoler quelques feuilles, étira ses branches et bâilla. Alep s’approcha de lui.
— Tu vas bien ?
— À merveille. J’ai fait un rêve étrange. Et toi ? Où en es-tu ?
— J’ai conduit ma mission sans encombre… sauf là, juste à la fin. Je viens de commettre une bévue. Le vaisseau s’est posé au centre d’une agglomération. Je crains d’avoir un peu affolé les populations.
— Nous allons arranger ça. Ne t’inquiète pas. Quelle est la nature des êtres vivants sur cette planète ?
— Végétale et animale. Les deux cohabitent.
— Tiens ? Comme c’est surprenant. Souvent les uns dévorent les autres. Quelles sont les formes d’intelligence supérieure ?
— Une race animale domine sans partage, ainsi que quelques variétés végétales qui n’ont pas su évoluer vers un affranchissement du sol.
— Et cette race dominante ? Qu’en est-il ?
— Je n’en sais que peu. Le simulateur engrange des données que je m’empresse d’acquérir, mais j’ai beaucoup de difficulté. Ne serait-ce que le langage . Il y en a des quantités. C’est une vraie cacophonie. Je ne m’y retrouve pas.
— As-tu préparé un Véhicule d’Apparence (VDA) ?
— Il est en cours de réalisation. Tu seras sans doute obligé de tailler quelques bois pour t’y loger, mais ça devrait aller. Je n’ai pas pu prendre un modèle parmi les vivants, ils bougent beaucoup trop. Ils s’agitent comme si le temps comptait différemment pour eux. Et de plus, ils se couvrent de tissus forts différemment les uns des autres. J’ai eu la chance de trouver un cadavre revêtu de ses vêtements. J’ai ainsi pu le calculer sans problème. Le VDA sera bientôt prêt.
Peal s’approcha de la porte vitrée.
— J’ai faim !
— Viens, allons poser nos bulbes dans les pots. Je vais te verser un liquide tonifiant.
Ils allèrent ainsi à la cantine du vaisseau.
G.W Bush avait son air décidé et satisfait. Les conclusions que son ami et conseiller Dick Cheney lui avaient suggérées allaient dans le sens de la logique. Il se proposait d’utiliser la dernière née des armes au plutonium pour anéantir ce danger potentiel. Naturellement ses partenaires ne partageaient pas entièrement son point de vue. Tout d’abord Poutine qui avait acheté deux appartements dans le quartier, la trouvait un peu dur. Les Chinois s’abstenaient, mais demandaient à quel moment cela serait fait, compte tenu des vents portants.
Nicolas, le français proposait de négocier fermement, mais avec qui ?
On en était là de ces conversations, quand soudain l’info leur parvint comme un coup de tonnerre :
« Quelque chose bouge sur le vaisseau »
Gorski Bodianov, prévenu en priorité, était déjà sur la place Rouge quand la délégation internationale apparut, là-bas, entre les chars et les lanceurs de missiles.
Gorski s’avança au-devant d’eux.
— Ne dépassez pas la ligne de sécurité. Mes hommes se mettent en place. On ne sait jamais.
Le vaisseau était en pleine lumière. Outre qu’il était à peine quatorze heures, des projecteurs éclairaient chaque coin d’ombre de l’engin. Depuis cinq minutes, un panneau du flanc droit se mouvait lentement. Il coulissait sur le côté, faisant apparaître une surface noire et lisse.
— Une porte, déclara Gorski. On va enfin voir la tronche de ces visiteurs.
Une bousculade derrière lui l’obligea à se retourner. C’était les services de sécurité US qui emportait le président Georges W. Bush manu militari pour le mettre à l’abri.
Sarkozy trouva amusant de faire un bon mot :
— C’est là qu’apparaît un laser et qu’on est tous vitrifiés.
Bon mot peu apprécié à voir les grimaces se figer sur les masques. Mais les TV tournaient, et personne ne tenait, comme ce crétin de Georges W, à passer pour un couard aux yeux du monde.
Cinq minutes passèrent encore avant que le panneau ne soit complètement dégagé. Alors, un autre module intérieur se mit en branle en s’inclinant… lentement.
— Ben mon cochon, dit Nicolas, on va y passer l’après-midi.
Poutine était nerveux, Hu, impassible, bouillait intérieurement. Nicolas faisait les cents pas en passant des coups de fil.
Après une petite dizaine de minutes, on découvrit que ce panneau était doublé de marches, côté intérieur, et qu’il allait mettre en place un escalier. Un hall peint en orange se dessinait lentement. Quelques spots scintillaient.
Enfin, le panneau toucha le sol. Une rampe se dégagea du module pour venir se placer sur un des côtés.
Dans le fond du hall, on distinguait parfaitement les glissières d’un sas. Gorski dit :
— Un sas ! Il s’ouvre !
Effectivement, un léger mouvement ascendant était perceptible. La porte du sas se soulevait. Ce fut d’abord un trait de lumière, puis deux objets sombres qui apparurent.
Tous les regards étaient fixés sur ces formes qui se précisèrent être une paire de souliers vernis noirs. Quelques minutes plus tard, on distinguait un bas de pantalon gris à rayures verticales.
Puis apparurent les cuisses et deux mains plaquées de part et d’autre du pantalon. Gorski commença à mieux respirer. L’homme qui se révélait n’était pas armé. Encore trois minutes permirent de découvrir une ceinture en cuir noir, et un bas de veston noir ouvert sur un gilet gris.
— C’est un chef d’orchestre, chuchota ce farceur de Gordon Brown à l’oreille de Nicolas Sarkozy. Tu vas voir les cents musiciens apparaîtrent un par un.
— Il y en a pour une semaine…
L’après-midi s’avançait, quand on reconnut une cravate rouge. L’homme paraissait figé dans un garde-à-vous impeccable. Pas un faux pli, juste une feuille curieusement plaquée sur la manche.
« On va enfin voir sa gueule ! » Pensèrent-ils tous ensemble . Et en effet, une barbichette se dévoilait. La peau du visage était pâle, les lèvres cachées par une moustache effilée.
À l’apparition du nez, Gorski Bodianov ressentit une sueur froide lui parcourir l’échine, et c’est les yeux horrifiés qu’il reconnut ce visage.
—Влади́мир Ильи́ч Улья́нов*, s’écria-t-il .
Un murmure de stupeur parcourut la place rouge. Les millions de téléspectateurs ahuris n’en croyaient pas leurs yeux.
Poutine se sentit observé, visé par l’apparition. Il murmura entre ses lèvres « Putain, Vladimir Ilitch Oulianov en personne ». Près de lui, quelqu’un confirma :
— Mais c’est Lénine ! Ma parole c’est lui !
Quand le VDA fut prêt, Peal le testa. Il s’avéra que pour s’y introduire, il lui faudrait sacrifier quelques branches basses et tailler son pourtour. Alep prit une tondeuse et s’en occupa, pendant que son ami intégrait les bases du langage et des connaissances déjà recueillies. Le tout ne dura que quelques minutes. Ensuite il prit possession du corps.
— Te voici paré pour la rencontre, lui dit Alep. J’ai constaté qu’une grande foule se massait autour de notre vaisseau. Ces gens semblent pacifiques.
— Nous allons voir. La première rencontre est toujours décisive.
Il se dirigea vers le sas. Il pressa la commande d’ouverture. La première porte coulissa, l’escalier bascula et le volet de sécurité se souleva. Lui apparurent alors les hommes !
Tout allait vite ici. Ces animaux semblaient courir en tous sens, comme agités par je ne sais quoi.
Il posa le pied sur le sol. Habitué à utiliser six ou sept rhizomes pour se mouvoir, il craignait de perdre son équilibre. Il avança vers le bouclier de protection, qu’Alep modula le temps qu’il le traverse.
Des dizaines d’hommes se ruèrent sur lui, l’entourant, le touchant, lui parlant tous en même temps. Alors, il prit peur…
Gorski Bodianov, la gorge sèche, avança prudemment vers Lénine. Derrière lui, hésitant, les personnalités n’osaient faire un pas. Il fit signe à trois des gardes de l’accompagner et s’approcha.
L’un des gardes, le plus ancien, tomba à genoux. Les autres claquaient des dents. Lénine avait mis vingt minutes à parcourir l’espace entre le vaisseau et le champ de force, qu’il avait traversé sans difficulté.
— Petit père. Est-ce bien toi ?
Lénine ne répondit pas, il terminait une foulée. Les soldats l’entourèrent, vite rejoint par Poutine et ses invités. Lénine avait le masque, comme s’il était en cire. Ses traits étaient fixes. Ses bras restaient le long de son corps.
Poutine prit la parole :
— Bienvenue à toi, qui que tu sois et d’où que tu viennes….. Même si tu ressembles trait pour trait à Lénine, je pense qu’il s’agit d’une coïncidence…
Ensuite Nicolas dit quelques mots, ainsi que Hu, mais bientôt, informés par
La foule en délire grossissait et il apparut bientôt que rien ne pourrait la contenir, sauf de faire tirer dessus par la troupe. Poutine se replia, entraînant ses alter ego. Ils trouvèrent refuge dans le palais du Kremlin. Les soldats, débordés, se replièrent en ordre dispersé et abandonnèrent le terrain.
Lénine se retrouva seul au milieu d’une multitude d’admirateurs, toujours impassible, presque insensible à tout ce remue-ménage.
Observant les agissements de la foule depuis les fenêtres du palais, les grands s’inquiétaient du sort de Lénine. Ce retour n’arrangeait certes pas les affaires de tous. Poutine se voyait rétrogradé au rang de subalterne et Bush voyait l’idéologie profane renaître de ses cendres. Mais d’autres se frottaient les mains.
— Ivan ! Va vérifier si la dépouille de Lénine se trouve bien dans le mausolée.
— Mais monsieur le président ! Elle ne s’y trouve plus depuis plusieurs décennies. Le cadavre souffrait d’être exposé à la lumière.
Bush fut stupéfait :
— Pourtant, je l’ai vu récemment.
— Ce n’est pas Lénine, c’est une copie en cire. Le vrai est conservé dans un compartiment réfrigéré.
— Je veux voir ça, dit Nicolas !
— Moi aussi, demanda Poutine, j’ignorais ce détail.
La délégation se mit en route pour le mausolée. Elle passa devant le sosie de cire qui était copie conforme du personnage de la place rouge. Même aspect, mêmes vêtements.
Arrivées dans les sous-sols, un des gardiens ouvrit une porte blindée. La vision était saisissante : douze cadavres de Lénine étaient allongés sur des étagères.
— Ils sont tous faux, précisa le garde. Le vrai Lénine est plus loin, derrière une autre porte blindée.
Ils défilèrent le long des substituts de Lénine avant de se trouver face à une monumentale cloison de verre. Le garde alluma. Lénine, le vrai, était là, identique aux autres.
En tout cas, Poutine fut rassuré.
Ils retournèrent au palais.
— Mais pourquoi avoir pris cet aspect d’une célébrité politique ? Pourquoi ce simulacre ?
— Facile, répondit Bush, c’est pour être populaire. S’il s’était posé chez nous, il aurait pris l’apparence de Roosevelt ou de Kennedy.
— Et Churchill chez nous…
Nicolas ne pu s’empêcher de penser à
— De Gaulle marchant sur les Champs, vous imaginez le choc !
Poutine donna quelques ordres à Gorski Bodianov qui, remis de ses émotions, organisa le retour à l’ordre. Une division de parachutistes fut dépêchée sur les lieux. Le quartier fut ceinturé par les blindés, et, en quelques heures, aidée par les gaz lacrymogènes, la foule se dispersa.
Quand enfin dans la soirée, la place rouge fut libérée, elle était saturée de gaz. À tel point que personne n’aurait pu y retourner sans un équipement adéquat. Lénine trônait seul, indifférent et nullement incommodé.
— C’est un robot, ma parole ! dit Sarkozy
— À croire, en effet…
On étudiait ses réactions, elles ne venaient pas très vite. Il fit quand même un mouvement pour se retourner.
La nuit tombait quand aussi soudainement qu’elle était venue, la bousculade disparut. Pael se retrouva seul au milieu de cette place. Il se retourna vers le vaisseau pour rebrousser chemin, heureux d’être encore entier et vivant.
Il ne vit pas venir le félin… Rapide comme l’éclair, il sauta sur lui et le blessa d’un coup de griffes acérées, puis disparut dans la nuit.
Patchouka, la chatte du gardien du parc, traversa la place rouge. Les gaz flottaient à hauteur des genoux, elle n’était pas incommodée. Elle frôla Lénine, s’arrêta et le renifla. Puis, câline comme à son habitude, elle frotta ses oreilles et son flan contre ses mollets, passant et repassant entre ses jambes.
Une odeur d’écorce ou de bois tendre lui titilla le museau. Elle se redressa et posa ses pattes sur les cuisses de l’homme, mais alors les gaz l’atteignirent et elle eut un vilain réflexe.
Puis, de nouveau sur quatre pattes, elle refit deux ou trois câlins sur les revers de pantalons et s’éloigna en trottinant…
Pael, meurtri au bulbe se précipita jusqu’au sas. Alep le recueillit.
La blessure était profonde et sans la détermination de son compagnon, il y perdait la vie. Débarrassé du VDA, il put plonger son bulbe dans une préparation visqueuse réparatrice.
Sans perdre une seconde, Alep mis cap sur les étoiles. Le vaisseau s’arracha du sol et disparut dans la nuit étoilée.


