Patchouka (Ornella de St G)

décembre 8th, 2007 by

Patchouka

 

 

 

Un vaisseau trop grand, gigantesque, stationné en travers de la place rouge, défigurait le coup d’œil. Des gardes l’entouraient, s’agitant sans une réelle coordination en attendant les ordres et des renforts. Les touristes étaient refoulés vers les rues adjacentes, sans ménagement.

Poutine venait d’être prévenu, il paraissait au bord de la crise de nerfs, sommant le chef d’état-major de l’armée de l’air de lui donner des explications dans les plus brefs délais.

Les premiers chars étaient en approche, écrabouillant les massifs de fleurs et les pelouses du Kremlin… Les hélicoptères de la sécurité civile tournoyaient déjà, comme des mouches sur un cadavre…

Image peut-être insolite, mais pas si éloignée de la vérité !

 

Alep, l’aérostier, fut éveillé par le silence. Il se souleva de sa couche, contrôla l’heure et constata qu’il avait encore deux heures de sommeil devant lui. Cependant, le trop grand silence qui régnait dans l’habitacle lui parut suspect. Se frottant les yeux de devant, il s’approcha de la console et pianota quelques commandes.

Le système solaire repéré avait bien été localisé, ainsi que la troisième planète, celle qui avait attiré l’attention des surveillors par la présence de nombreux satellites artificiels…

Alep se rendit compte qu’il n’avait pas pris la précaution de prévoir une orbite d’attente… La détection de plusieurs lieux de concentration de vie, avait dirigé l’astronef vers l’une d’elles.

— Bon sang ! J’espère que je n’ai pas atterri !

 

Gorski Bodianov n’en menait pas large. Les gouttes de sueur roulaient en cascade sur son front. Il avançait à petits pas vers Poutine, qui, de dos, observait de la fenêtre de son bureau, le vaisseau spatial avec des jumelles.

Il se retourna en entendant un raclement de gorge :

— Bodianov ! Enfin ! Vous allez m’expliquer ?

— Monsieur le Président, nous n’avons aucune information. L’appareil semble s’être matérialisé soudainement…

— Vous vous fichez de moi ? Avec tous les moyens de détection dont vous disposez, pas fichus de voir se poser un engin de cette taille, au centre du Kremlin ?

— C’est incompréhensible.

— Les Américains n’ont pas pu fabriquer ce truc sans qu’on en ait entendu parler… Les Chinois ?

— Possible. Mais je doute, les ambassades ont été contactées…

— Ça n’est pas votre problème ! Assurez-vous de la sécurité, si vous en êtes encore capable. Je m’occupe des ambassadeurs. Je veux des explications dès ce soir… ou votre démission !

À ce moment, un conseiller vint lui parler discrètement. Poutine répliqua à voix haute :

— Il est déjà au courant ? дерьмо[1] Passez-le-moi ici.

Le conseiller se retira. Poutine posa les jumelles sur une commode, constata que Bodianov était encore là, au garde-à-vous.

— Qu’est-ce que vous attendez, allez ! Au trot, disparaissez ! 

— Da !

Il claqua les talons et s’esquiva en se courbant. L’huissier referma la lourde porte sur lui. Gorski Bodianov sortit un mouchoir de sa poche pour s’éponger le visage. Il s’attendait au pire…

Il allait pour s’éloigner quand il entendit la voix de Vladimir Poutine bafouiller au travers des murs.

« Georges « debeullyou» ! What news ? »

L’huissier lui fit signe de s’écarter.

 

Pendant que Gorski Bodianov regagnait son QG, les deux présidents s’expliquaient. « Non, les Américains ne sont pas responsables de ce coup-là. »

— Mon cher Vlad, si nous possédions un vaisseau de cette envergure, nous n’irions pas l’exposer au milieu de la place rouge. On aurait été niquer  Téhéran… Tu penses.

— Da Georges, mais qui alors ? Les Chinois ?

— C’est possible, ils sont assez sournois pour flinguer tes élections. Maintenant, je connais un peu leur technique, si ce truc vole, c’est au charbon. Et s’il est passé au travers des mailles de tes radars, c’est qu’ils ont fait une distribution de Vodka à tes gars. J’envoie une équipe de techniciens pour voir de quoi il retourne.

— Ho ! Tank you Georges, mais ce n’est pas la peine, nous avons d’excellents spécialistes qui sauront faire ce travail parfaitement. Garde tes espions, offre-leur un verre de Bourbon de ma part.

— Je disais ça pour t’aider…

— Je sais Georges, je sais !

Vlad reposa le combiné du téléphone rouge, juste au moment où le téléphone jaune se mettait à sonner. Il décrocha.

— Da ?

Une musique révolutionnaire résonna, dans le combiné, puis une voix féminine lui dit :

— Ne quittez pas, le président Hu Jintao va vous parler… Crrrrr…. Grororo… crrrikkk … 中国/中國**

— Hein ?

— Vladimir ? C’est Hu !

— Cher ami ! Que me vaut le plaisir de ce coup de fil ?

— J’ai ennntennndù que les ammméricains avaient envoyé unnn avionnn espionnn…

— Je vous arrête cher ami, c’est juste une maladresse d’un général de l’armée de l’air qui a mal interprété des ordres. Nous voulions garder secrète cette arme révolutionnaire… C’est fichu.

— Ha bonnn !

 

Gorski Bodianov avait retrouvé sa superbe. La panoplie de gradés de tous poils alignée face à lui n’en menait pas large.

— Bande d’incapables ! Déchets deдерьмо ! Trouvez-moi les responsables de ce foutuдерьdier. Je veux des têtes. 

Puis se tournant vers le colonel Ouratioff ;

— Ce machin n’est pas apparu du néant. Trouvez-moi son origine. Que ça saute !

Il renvoya tout le monde.

— Ivan, prépare mon manteau, je veux voir ça de mes yeux.

Quelques minutes plus tard, il se trouvait confronté à la barrière de sécurité. Un planton lui barrant le passage.

— Interdit ! On ne passe pas !

— Crétin, je suis Gorski Bodianov

Il entrouvrit son manteau pour montrer ses galons.

— Excusez-moi général !

Il lui dégagea le passage. Le général avança de quelques pas, puis se retournant vers le soldat.

— Personne ne passe ?

— Non mon général, sauf avec une recommandation de l’état-major.

— Et ce monsieur-là en avait une ?

— Parfaitement, mon général

— Appelle le lieutenant de compagnie !

— Le voici…

Le lieutenant, tremblant des genoux, s’était approché dès qu’il avait reconnu le personnage.

— Un problème mon général ?

— Oui ! Vous mettrez cet homme aux arrêts de rigueur dès qu’il aura terminé sa garde. 10 jours. Et autant pour vous.

Laissant les soldats stupéfaits, il s’éloigna pour s’approcher de l’homme qu’il avait reconnu.

— John ?

Le type se retourna.

— Ho ! Ce cher Gorski Bodianov.

Ils se serrèrent la main.

— Je suppose que vous avez des papiers en règle…

— Vous voulez les voir ?

— Inutile, je connais votre conscience professionnelle. Ils doivent être parfaits… Quel nom cette fois ?

— Wayne. John Wayne. Ça sonne bien n’est-ce pas ?

Sourire aux lèvres, les deux hommes se tournèrent vers le vaisseau.

— À quoi pensez-vous John ?  

— Hum… Vous vous souvenez de cette histoire de Roswell ?  

— Trucage…

— Peut-être, nous n’y étions pas. Ça, c’est un de vos trucages ?

— Allons tâter pour voir si c’est du carton.

 

Ce vaste vaisseau avait l’apparence d’un delta assez effilé, le dessus était bombé et la coque était striée dans le sens de la longueur. Peint en noir, il ne portait aucune inscription. On n’y apercevait aucun hublot. À une dizaine de mètres, ils se heurtèrent à un corps solide, complètement invisible.

— On dirait un champ de force, dit John. Aucun son quand on le frappe, c’est lisse, sans sensation particulière.

— Vous savez faire ça vous ?

— J’avoue que non, seuls les Japonais ont travaillé ce procédé, mais pas à ce niveau.

— Et si c’était réellement des extra-terrestres ?

Un soldat de garde, portant un vieux fusil à l’épaule, s’approcha d’eux :

— C’est sérieux, dit-il avec un petit accent british, nous allons devoir coopérer.

Bodianov sursauta :

— Vous êtes là vous aussi ? Manque plus que les Français pour être complet…

— Il est là-bas, en train de téléphoner… le jardinier !

 

Trois jours passèrent. Le vaisseau ne bougeait pas, aucune trace de vie n’en sortait et pas moyen de l’approcher. Les grands du monde étaient en réunion à Moscou. Discutant, discutant et encore discutant.

 

Peal, le contacteur, s’éveilla lentement. La lueur de la serre était réduite pour ne pas indisposer ses yeux, plongés dans l’obscurité depuis plusieurs semaines. Il secoua ses rameaux, laissant s’envoler quelques feuilles, étira ses branches et bâilla. Alep s’approcha de lui.

— Tu vas bien ?

— À merveille. J’ai fait un rêve étrange. Et toi ? Où en es-tu ?

— J’ai conduit ma mission sans encombre… sauf là, juste à la fin. Je viens de commettre une bévue. Le vaisseau s’est posé au centre d’une agglomération. Je crains d’avoir un peu affolé les populations.

— Nous allons arranger ça. Ne t’inquiète pas. Quelle est la nature des êtres vivants sur cette planète ?

— Végétale et animale. Les deux cohabitent.

— Tiens ? Comme c’est surprenant. Souvent les uns dévorent les autres. Quelles sont les formes d’intelligence supérieure ?

— Une race animale domine sans partage, ainsi que quelques variétés végétales qui n’ont pas su évoluer vers un affranchissement du sol.

— Et cette race dominante ? Qu’en est-il ?

— Je n’en sais que peu. Le simulateur engrange des données que je m’empresse d’acquérir, mais j’ai beaucoup de difficulté. Ne serait-ce que le langage . Il y en a des quantités. C’est une vraie cacophonie. Je ne m’y retrouve pas.

— As-tu préparé un Véhicule d’Apparence (VDA) ?

— Il est en cours de réalisation. Tu seras sans doute obligé de tailler quelques bois pour t’y loger, mais ça devrait aller. Je n’ai pas pu prendre un modèle parmi les vivants, ils bougent beaucoup trop. Ils s’agitent comme si le temps comptait différemment pour eux. Et de plus, ils se couvrent de tissus forts différemment les uns des autres. J’ai eu la chance de trouver un cadavre revêtu de ses vêtements. J’ai ainsi pu le calculer sans problème. Le VDA sera bientôt prêt.

Peal s’approcha de la porte vitrée.

— J’ai faim !

— Viens, allons poser nos bulbes dans les pots. Je vais te verser un liquide tonifiant.

Ils allèrent ainsi à la cantine du vaisseau. 

 

G.W Bush avait son air décidé et satisfait. Les conclusions que son ami et conseiller Dick Cheney lui avaient suggérées allaient dans le sens de la logique. Il se proposait d’utiliser la dernière née des armes au plutonium pour anéantir ce danger potentiel. Naturellement ses partenaires ne partageaient pas entièrement son point de vue. Tout d’abord Poutine qui avait acheté deux appartements dans le quartier, la trouvait un peu dur. Les Chinois s’abstenaient, mais demandaient à quel moment cela serait fait, compte tenu des vents portants.

Nicolas, le français proposait de négocier fermement, mais avec qui ?

On en était là de ces conversations, quand soudain l’info leur parvint comme un coup de tonnerre :

« Quelque chose bouge sur le vaisseau »

 

Gorski Bodianov, prévenu en priorité, était déjà sur la place Rouge quand la délégation internationale apparut, là-bas, entre les chars et les lanceurs de missiles.

Gorski s’avança au-devant d’eux.

— Ne dépassez pas la ligne de sécurité. Mes hommes se mettent en place. On ne sait jamais.

Le vaisseau était en pleine lumière. Outre qu’il était à peine quatorze heures, des projecteurs éclairaient chaque coin d’ombre de l’engin. Depuis cinq minutes, un panneau du flanc droit se mouvait lentement. Il coulissait sur le côté, faisant apparaître une surface noire et lisse.

— Une porte, déclara Gorski. On va enfin voir la tronche de ces visiteurs.

Une bousculade derrière lui l’obligea à se retourner. C’était les services de sécurité US qui emportait le président Georges W. Bush manu militari pour le mettre à l’abri.

Sarkozy  trouva amusant de faire un bon mot :

— C’est là qu’apparaît un laser et qu’on est tous vitrifiés.

Bon mot peu apprécié à voir les grimaces se figer sur les masques. Mais les TV tournaient, et personne ne tenait, comme ce crétin de Georges W, à passer pour un couard aux yeux du monde.   

Cinq minutes passèrent encore avant que le panneau ne soit complètement dégagé. Alors, un autre module intérieur se mit en branle en s’inclinant… lentement.

— Ben mon cochon, dit Nicolas, on va y passer l’après-midi.

Poutine était nerveux, Hu, impassible, bouillait intérieurement. Nicolas faisait les cents pas en passant des coups de fil.

Après une petite dizaine de minutes, on découvrit que ce panneau était doublé de marches, côté intérieur, et qu’il allait mettre en place un escalier. Un hall peint en orange se dessinait lentement. Quelques spots scintillaient.

Enfin, le panneau toucha le sol. Une rampe se dégagea du module pour venir se placer sur un des côtés. 

Dans le fond du hall, on distinguait parfaitement les glissières d’un sas. Gorski dit :

— Un sas ! Il s’ouvre !

Effectivement, un léger mouvement ascendant était perceptible. La porte du sas se soulevait. Ce fut d’abord un trait de lumière, puis deux objets sombres qui apparurent.

Tous les regards étaient fixés sur ces formes qui se précisèrent être une paire de souliers vernis noirs. Quelques minutes plus tard, on distinguait un bas de pantalon gris à rayures verticales. 

Puis apparurent les cuisses et deux mains plaquées de part et d’autre du pantalon. Gorski commença à mieux respirer. L’homme qui se révélait n’était pas armé. Encore trois minutes permirent de découvrir une ceinture en cuir noir, et un bas de veston noir ouvert sur un gilet gris.

— C’est un chef d’orchestre, chuchota ce farceur de Gordon Brown à l’oreille de Nicolas Sarkozy. Tu vas voir les cents musiciens apparaîtrent un par un.

— Il y en a pour une semaine…

L’après-midi s’avançait, quand on reconnut une cravate rouge. L’homme paraissait figé dans un garde-à-vous impeccable. Pas un faux pli, juste une feuille curieusement plaquée sur la manche.

« On va enfin voir sa gueule ! » Pensèrent-ils tous ensemble . Et en effet, une barbichette se dévoilait. La peau du visage était pâle, les lèvres cachées par une moustache effilée.

À l’apparition du nez, Gorski Bodianov ressentit une sueur froide lui parcourir l’échine, et c’est les yeux horrifiés qu’il reconnut ce visage.

—Влади́мир Ильи́ч Улья́нов*, s’écria-t-il .

Un murmure de stupeur parcourut la place rouge. Les millions de téléspectateurs ahuris n’en croyaient pas leurs yeux.

 

Poutine se sentit observé, visé par l’apparition. Il murmura entre ses lèvres « Putain, Vladimir Ilitch Oulianov en personne ». Près de lui, quelqu’un confirma :

— Mais c’est Lénine ! Ma parole c’est lui !

 

Quand le VDA fut prêt, Peal le testa. Il s’avéra que pour s’y introduire, il lui faudrait sacrifier quelques branches basses et tailler son pourtour. Alep prit une tondeuse et s’en occupa, pendant que son ami intégrait les bases du langage et des connaissances déjà recueillies. Le tout ne dura que quelques minutes. Ensuite il prit possession du corps.

— Te voici paré pour la rencontre, lui dit Alep. J’ai constaté qu’une grande foule se massait autour de notre vaisseau. Ces gens semblent pacifiques.

— Nous allons voir. La première rencontre est toujours décisive.

Il se dirigea vers le sas. Il pressa la commande d’ouverture. La première porte coulissa, l’escalier bascula et le volet de sécurité se souleva. Lui apparurent alors les hommes !

Tout allait vite ici. Ces animaux semblaient courir en tous sens, comme agités par je ne sais quoi.  

Il posa le pied sur le sol. Habitué à utiliser six ou sept rhizomes pour se mouvoir, il craignait de perdre son équilibre. Il avança vers le bouclier de protection, qu’Alep modula le temps qu’il le traverse.

Des dizaines d’hommes se ruèrent sur lui, l’entourant, le touchant, lui parlant tous en même temps. Alors, il prit peur…

 

Gorski Bodianov, la gorge sèche, avança prudemment vers Lénine. Derrière lui, hésitant, les personnalités n’osaient faire un pas. Il fit signe à trois des gardes de l’accompagner et s’approcha.

L’un des gardes, le plus ancien, tomba à genoux. Les autres claquaient des dents. Lénine avait mis vingt minutes à parcourir l’espace entre le vaisseau et le champ de force, qu’il avait traversé sans difficulté.

— Petit père. Est-ce bien toi ?

Lénine ne répondit pas, il terminait une foulée. Les soldats l’entourèrent, vite rejoint par Poutine et ses invités. Lénine avait le masque, comme s’il était en cire. Ses traits étaient fixes. Ses bras restaient le long de son corps.

Poutine prit la parole :

— Bienvenue à toi, qui que tu sois et d’où que tu viennes….. Même si tu ressembles trait pour trait à Lénine, je pense qu’il s’agit d’une coïncidence…

Ensuite Nicolas dit quelques mots, ainsi que Hu, mais bientôt, informés par la TV, des milliers de Moscovites affluèrent sur la place rouge et l’envahirent. Il fallut former d’urgence un cordon de sécurité pour protéger les grands du monde et le visiteur.

La foule en délire grossissait et il apparut bientôt que rien ne pourrait la contenir, sauf de faire tirer dessus par la troupe. Poutine se replia, entraînant ses alter ego. Ils trouvèrent refuge dans le palais du Kremlin. Les soldats, débordés, se replièrent en ordre dispersé et abandonnèrent le terrain.

Lénine se retrouva seul au milieu d’une multitude d’admirateurs, toujours impassible, presque insensible à tout ce remue-ménage.

Observant les agissements de la foule depuis les fenêtres du palais, les grands s’inquiétaient du sort de Lénine. Ce retour n’arrangeait certes pas les affaires de tous. Poutine se voyait rétrogradé au rang de subalterne et Bush voyait l’idéologie profane renaître de ses cendres. Mais d’autres se frottaient les mains.

— Ivan ! Va vérifier si la dépouille de Lénine se trouve bien dans le mausolée.

— Mais monsieur le président ! Elle ne s’y trouve plus depuis plusieurs décennies. Le cadavre souffrait d’être exposé à la lumière.

Bush fut stupéfait :

— Pourtant, je l’ai vu récemment.

— Ce n’est pas Lénine, c’est une copie en cire. Le vrai est conservé dans un compartiment réfrigéré.

— Je veux voir ça, dit Nicolas !

— Moi aussi, demanda Poutine, j’ignorais ce détail.

 

La délégation se mit en route pour le mausolée. Elle passa devant le sosie de cire qui était copie conforme du personnage de la place rouge. Même aspect, mêmes vêtements.

Arrivées dans les sous-sols, un des gardiens ouvrit une porte blindée. La vision était saisissante : douze cadavres de Lénine étaient allongés sur des étagères.

— Ils sont tous faux, précisa le garde. Le vrai Lénine est plus loin, derrière une autre porte blindée.

Ils défilèrent le long des substituts de Lénine avant de se trouver face à une monumentale cloison de verre. Le garde alluma. Lénine, le vrai, était là, identique aux autres.

En tout cas, Poutine fut rassuré.

Ils retournèrent au palais.

— Mais pourquoi avoir pris cet aspect d’une célébrité politique ? Pourquoi ce simulacre ?

— Facile, répondit Bush, c’est pour être populaire. S’il s’était posé chez nous, il aurait pris l’apparence de Roosevelt ou de Kennedy.

— Et Churchill chez nous… 

Nicolas ne pu s’empêcher de penser à la France :

— De Gaulle marchant sur les Champs, vous imaginez le choc !

 

Poutine donna quelques ordres à Gorski Bodianov qui, remis de ses émotions, organisa le retour à l’ordre. Une division de parachutistes fut dépêchée sur les lieux. Le quartier fut ceinturé par les blindés, et, en quelques heures, aidée par les gaz lacrymogènes, la foule se dispersa.  

Quand enfin dans la soirée, la place rouge fut libérée, elle était saturée de gaz. À tel point que personne n’aurait pu y retourner sans un équipement adéquat. Lénine trônait seul, indifférent et nullement incommodé.

— C’est un robot, ma parole ! dit Sarkozy

— À croire, en effet…

 

On étudiait ses réactions, elles ne venaient pas très vite. Il fit quand même un mouvement pour se retourner.

 

 

La nuit tombait quand aussi soudainement qu’elle était venue, la bousculade disparut. Pael se retrouva seul au milieu de cette place. Il se retourna vers le vaisseau pour rebrousser chemin, heureux d’être encore entier et vivant.  

Il ne vit pas venir le félin… Rapide comme l’éclair, il sauta sur lui et le blessa d’un coup de griffes acérées, puis disparut dans la nuit.

 

 

Patchouka, la chatte du gardien du parc, traversa la place rouge. Les gaz flottaient à hauteur des genoux, elle n’était pas incommodée. Elle frôla Lénine, s’arrêta et le renifla. Puis, câline comme à son habitude, elle frotta ses oreilles et son flan contre ses mollets, passant et repassant entre ses jambes.

Une odeur d’écorce ou de bois tendre lui titilla le museau. Elle se redressa et posa ses pattes sur les cuisses de l’homme, mais alors les gaz l’atteignirent et elle eut un vilain réflexe.

Puis, de nouveau sur quatre pattes, elle refit deux ou trois câlins sur les revers de pantalons et s’éloigna en trottinant…      

    

 Pael, meurtri au bulbe se précipita jusqu’au sas. Alep le recueillit.

La blessure était profonde et sans la détermination de son compagnon, il y perdait la vie. Débarrassé du VDA, il put plonger son bulbe dans une préparation visqueuse réparatrice.

 

Sans perdre une seconde, Alep mis cap sur les étoiles. Le vaisseau s’arracha du sol et disparut dans la nuit étoilée.




[1] Merde (excrément)

* Vladimir Ilitch Oulianov

LMC 8

novembre 9th, 2007 by

8

— Sire ! Le capitaine d’Astan est au château !

L’écuyer qui vient de s’écrier en est tout bouleversé. Le roi se précipite vers lui, l’écarte pour se pencher à la fenêtre. Il voit quatre cavaliers tout dépenaillés, dont un pourrait être le roi des mendiants.

— C’est donc lui ! dit-il à voix basse.

Monseigneur d’Orvet se penche également.

— Il a bien changé ! Ce n’était qu’un gamin quand il suivait mes cours…

— En tout cas, il n’a pas dû changer souvent de robe.

— C’est un ermite ayant fait vœux de pauvreté !

— J’espère qu’il se lave… accueillons-le.

Depuis la cour jusqu’à la chambre du roi, il y a le grand escalier et la galerie à traverser.  Les courtisans sont nombreux, le rétablissement quasiment miraculeux du roi a réveillé les ardeurs des plus tièdes. Ils font une haie d’honneur aux cavaliers.

Timothée et Clovis se postent de chaque côté de la porte. D’Astan et le prince entrent.

— Sire ! Mission accomplie !

— Comme d’habitude mon cher ami. Je n’ai pas douté un instant. Voici donc mon neveu. Merci d’avoir accepté de venir.

Il s’approche de lui, bras tendu.

— Si je suis là sire, c’est par amitié pour mon cousin disparu. Mais sachez tout de suite que je ne suis nullement capable de me montrer à la hauteur de vos souhaits. Je ne suis ni un meneur d’hommes, ni un fin politicien. Les responsabilités administratives m’ennuient. Je ne suis juste bon qu’à méditer et cultiver mes racines.

— Ce n’est pas l’avis de Mgr d’Orvet, qui m’a dit le plus grand bien de vous.

— J’ajoute, sire, qu’on m’avait laissé entendre que vous étiez au plus mal, et je vous trouve en bien meilleure forme que moi.

Pas fâché de cette constatation, le roi fait un petit pas de danse.

— J’avoue en être moi-même surpris. Et je compte bien faire profiter de cette surprise à quelques cousins.

Se tournant vers d’Astan :

— Capitaine, nous partons en campagne. J’ai donné des ordres pour réunir l’ost. Vous marcherez devant avec vos hommes. Il est temps de remettre de l’ordre dans ce royaume. Vous mon neveu, vous ferez connaissance avec le Dauphin. Il est jeune, il doit apprendre. Vous serez son précepteur. Je vous montrerai comment gouverner. Vous logerez dans l’aile gauche du château, à mes côtés.

— Sire, j’ai une faveur à vous demander.

— Oui ?

— J’accepte de tenter l’impossible en devenant votre élève, mais pour l’instant, je préfère m’installer dans une confrérie. L’activité du palais est trop éloignée de mon ancienne vie. J’ai besoin de calme, de silence.

Le roi s’adresse au patriarche ;

— Il y a un monastère qui pourrait le loger ?

— Des moines, mais c’est en dehors de la ville…

— Non ! Il faut que je puisse le joindre rapidement !

— Je ne vois que le couvent des Sœurs de la Charité, juste sur l’autre rive. En principe les hommes n’y ont pas accès, mais il y a une exception : le confesseur.

— Qu’en pensez-vous prince Chabert ?

— Ma foi, je crois que ça ira. 

 

La nouvelle de la subite guérison du roi se répand dans tout le royaume et au-delà des frontières. De toutes les provinces, des fidèles devenus prudents, sortent de leur mutisme. Soudainement, le parti du roi redevient attractif.

 

Mgr D’orvet accompagne le prince Chabert chez les sœurs. L’abbesse l’accueille avec plaisir, sa notoriété de saint homme l’avait précédé.

— Je vais vous installer dans une pièce près du chapitre. Vous y serez tranquille, une porte donne directement sur le potager ou vous pourrez jardiner. Je vous demanderais juste de me pas pénétrer dans le clos. Les sœurs vous rencontreront à la chapelle aux heures de prières. Sœur Mado s’installera dans la cellule contiguë à votre espace… Elle vous aidera à vous familiariser avec les lieux et vous portera vos repas.

— Merci de m’accueillir. Je serais le plus discret possible.

 

Une fois seul dans sa chambre, Chabert sort ses quelques affaires, un livre de prières, une vieille robe de bure et son nécessaire pour écrire. La couche n’est qu’une planche recouverte d’une couverture. Il n’y a pas de vitre à la fenêtre. Le confort est rude, mais il a l’habitude, c’est la vie qu’il aime. Quant à Sœur Mado, c’est une jeune femme timide et effacée. Elle ne le gênera pas dans ses méditations.

Le lendemain, Chabert rencontre James, le jeune dauphin, et sa mère Mathiane. Le jeune prince est vif, éveillé. Une simple poignée de main entre l’adulte et l’enfant suffit pour que naisse une véritable amitié.

Pour ce premier jour, c’est James qui guide Chabert dans les méandres du palais. Il lui fait découvrir les appartements royaux, les salles d’armes, les écuries, tous les coins ou il aime fureter.

Ensuite ils retrouvent le roi. Sa stupéfiante forme lui donne un tonus d’enfer. Il a décidé de reprendre l’entraînement d’escrime et son maître d’armes est déjà essoufflé que lui en demande encore.

— Alors mon neveu ? Bien installé ?

— Admirablement sire, je ne pouvais espérer mieux.

— Que pensez-vous du petit ?

— Le prince est un garçon dynamique, intelligent. Je suis sur que nous allons nous entendre.

— Bien, mais n’oubliez pas que vous devez aussi m’épauler. Je ne suis pas si sot de croire que parce qu’aujourd’hui je pète la santé, je suis devenu immortel.

— Quelles sont les nouvelles des frontières ?

— Elles vont vite, mon rétablissement semble bousculer les esprits. Votre venue aussi, je pense. D’un royaume moribond, nos ennemis retrouvent un roi debout et un prince pour l’épauler. Nous allons réussir. Vous verrez !

 

Réunissant ses barons, le roi entame un conseil de guerre. Il souhaite se mettre en route le plus vite possible pour rejoindre le duché d’Ive. Mettre au pas ce duc est sa priorité. Il sait que des espions hantent palais, et il ne déteste pas l’idée que ce félon commence à avoir peur des représailles.

— Dans trois semaines, nous levons le camp. Je ne veux laisser aucun répit à ce traître. Plus nous agirons vite et plus nous aurons de chances de le vaincre facilement.

Sortant du conseil, le roi Ecture décide de se divertir en allant au jeu de paume. La noblesse aime ce jeu. Chabert, peu sportif, regarde sans intérêt deux équipes se rencontrer. Ce n’est pas le cas du roi qui s’agite, puis soudain saute sur le parquet et se mêle au jeu. L’admiration des courtisans n’est pas feinte. Il place quelque coup incroyable, puis, satisfait de lui, il retourne dans la tribune.

— Alors mon neveu, vous ne jouez pas ?

— J’ai peur de ne pas avoir votre souplesse, sir !

 

La journée a été riche d’enseignement. Chabert est épuisé quand il regagne le cloître. Tout cela est nouveau pour lui. Il regrette son petit coin de montagne, entre la source et la forêt, là où le calme et la sérénité étaient ses compagnons.

Sœur Mado a préparé un repas frugal qu’elle lui apporte dès qu’elle entend ses pas résonner sous les arches du couloir. Elle dépose un plateau sur la petite table.

— Merci ma sœur ; j’espère que vous ne m’avez pas attendu. Je ne voudrais pas que ma présence vous empêche de consacrer votre temps à vos devoirs de nonne.

— La sœur supérieure m’a chargée vous servir, j’en suis fier et heureuse.

 

Elle se retire dans sa cellule. La nuit est tombée, le froid s’insinue par les ouvertures sans vitre, justes obturées par des volets de rudes planches. Allongée sur sa couche de paille, elle s’enveloppe dans sa couverture et souffle sa bougie.

Chabert a dîné, il repasse le film de sa journée. Les yeux clos, il s’est blotti dans son manteau de laine, il sent le sommeil le gagner…

 

Ils sont cinq. Cinq spadassins spécialistes des mauvais coups. La prime, il l’ont déjà presque toute dépensée dans une taverne, en vins frais et alcools forts. Mais ils savent qu’après l’action de force qu’on leur a commandée, il y aura encore de l’or.  Minuit passé, ils se faufilent par les rues sombres. Des nuages masquent la lune, ils avancent silencieusement.

A l’approche du couvent, l’un d’eux s’écarte du groupe. Il semble parfaitement connaître les lieux. Il escalade un mur en s’aidant des branches d’une vigne vierge. L’enjambe et bascule dans le jardin. Peu après, une porte s’entrouvre. L’homme passe la tête et fait signe à ses compagnons de le rejoindre. Ils s’infiltrent dans le cloître.  

A pas de loup, ils longent la grande bâtisse. Ils trouvent une issue par une fenêtre sans volet. Un à un ils s’y introduisent.

Celui qui les dirige, un grand escogriffe portant un large feutre, leur indique une porte.

— C’est ici, chuchote-t-il.

 

Le Jarlw est là, en éveil.

Conformément à la décision du Danyon, il veille sur l’être qu’il a reconnu.

Une âme qu’il connaît depuis si longtemps.

 

Prenant soin de ne pas faire résonner leurs longues épées sur les dalles, longeant le mur du couloir, prêts à disparaître en cas de rencontre, les cinq larrons s’approchent. Ils s’arrêtent à quelques mètres de la cellule de Chabert.

— Sa porte n’est certainement pas fermée à clef. Deux à gauche, deux à droite et moi au centre. On entre en force et on le transperce.

Ils se mettent en position.

 

Dans sa cellule, Sœur Mado est tirée de son sommeil. Des froissements d’étoffe ?

Elle écoute la nuit, pensant avoir fait un rêve… Des murmures lui parviennent. Quelqu’un est là, derrière la porte.

Sans bruit, elle se lève pour s’approcher et coller son oreille à la porte. Pas de doute, elle entend des respirations. Il se prépare quelque chose de louche. Elle regarde autour d’elle. « Que faire ? Mon Dieu, j’ai peur ».

Soudain un choc violent retentit contre la porte du prince. Les malfrats viennent de tomber sur un os, elle est bouclée par une grosse serrure.  Sans plus prendre de précautions, ils l’attaquent à coups de poignards et d’épées.

 

Chabert est éveillé en sursaut, il tombe de sa couche. Aussitôt il comprend qu’on vient s’en prendre à sa personne.  La porte résiste, mais il n’a pas d’arme et pas d’autre issue pour se sauver.

 

Sœur Mado, mue par une énergie et un courage qu’elle s’ignorait ouvre brusquement sa porte et se sauve en hurlant. Deux des spadassins se mettent sur ses talons. Ils la rattrapent au fond du couloir alors qu’elle se trouve bloquée par une porte close.

Elle tombe à genoux, prête à recevoir le coup fatal que l’un des malfrats lui réserve. Elle ferme les yeux. Elle entend le bruit de l’acier qui rebondit sur le sol. Et puis rien. Elle entrouvre ses yeux. Devant elle il y a deux épées, et deux corps inertes.

Une voix douce et familière lui parle soudain, venue de nulle part.

«  Je suis avec toi, tu n’as rien à craindre, je te protège. Ramasse les épées et va combattre ! » 

Elle se retourne, cherche au dessus d’elle, ne comprend pas. Et puis là-bas, les trois autres malfrats continuent à matraquer la porte de Chabert.

Elle ramasse les épées et s’élance.

La voyant fondre sur eux, ils lui font face, surpris. Le premier la charge et d’un moulinet tente de lui faire sauter son arme. Au contact des lames, il ressent une décharge éblouissante qui le pétrifie. Les deux autres ont juste le temps de voir du bleu, sorte d’éclair fulgurant qui les foudroie instantanément.

Le calme revient.

— Prince Chabert ? C’est moi, sœur Mado ! 

La porte s’ouvre. Le prince est armé d’un chandelier. Il voit Mado, debout, deux épées en main, et il voit les corps qu’il croit mort.

— C’est vous qui… ?

— Non, ça c’est fait tout seul !  Des éclairs, je ne sais pas.

Chabert se penche sur l’un d’eux, il tâte les veines du cou.

— Celui-ci respire. Ils sont juste assommés. Il faut filer avant qu’ils reprennent connaissance.

— La porte qui conduit au cloître est fermée.

Un gémissement leur parvient du bout du couloir.

— Ils commencent a bouger, filons !

Ils sortent dans le potager, se dirigent vers le mur d’enceinte et découvrent la poterne ouverte. Ils s’y coulent et disparaissent dans la nuit.

 

Peu après, utilisant le même passage, les cinq spadassins, meurtris et hébétés, sortent l’un après l’autre et filent discrètement.

 

A peu de distance de là, de l’autre coté du fleuve, au cœur de la vieille ville, Cotto s’éveille. Il se lève, s’habille et va frapper discrètement aux chambres voisines.

Mike, coiffure en bataille et mine défaite l’interroge.

— Qu’est-ce qui te prend ?

— Nous allons avoir de l’action. Des amis sont en danger.

— Des amis ?

— Je t’expliquerai. Magne toi.

LMC au cin?

novembre 8th, 2007 by

http://www.lulu.tv/vlog/jacqk

LMC 5

novembre 3rd, 2007 by

5

La navette est vaste et confortable. Les grands yeux ébahis de Mike n’en reviennent pas. Vingt mètres de long, huit de large, bordé de larges baies transparentes, sans bruit, sans vibration, elle file sur la surface de l’eau en s’éloignant de la côte.

— Où va-t-on ? demande Daho-Met

— On s’éloigne avant de grimper, j’aime la discrétion.

Mike cherche autour de lui le poste de pilotage…

— Qui dirige l’engin ? Où est la barre ?

— C’est moi le pilote, mais je dirige à la voix. Aller, on décolle, direction la base lunaire.

Aussitôt le vaisseau s’incline et oriente son nez vers le ciel. La surface de l’eau miroitante s’éloigne soudain, abandonnant les lumières d’Amsterdam et des autres cités de la cote.

Très vite, la Terre devient cette boule bleue mêlée de bandes nuageuses. La navette ne met que quelques minutes pour approcher la Lune. Elle survole de loin les 2 bases gérées par les terriens dont le développement avance lentement. Elle la contourne afin de passer vers la face cachée, ralentit pour survoler une vallée ombragée au cœur d’un amas rocheux. Le vaisseau y est niché.

Ses dimensions sont impressionnantes. L’équivalent de cinq terrains de football. Mike s’attendait à découvrir un engin profilé et aérodynamique. Même Daho-Met est surpris par sa forme. C’est un cube blanc aux angles arrondis, aux parois nuageuses ! Une sorte de grosse touffe de ouate

La navette est en approche. Une ouverture s’illumine sur une des parois du vaisseau. La navette s’y engouffre en douceur.

Mike ne peut retenir un sifflet d’étonnement. Daho-Met, le nez en l’air, contemple l’immense aire de stationnement où sont alignés une trentaine de vaisseaux de tailles diverses.

— Grandiose ! Murmure-t-il. Gigantesque ! Vous devez être à l’aise là-dedans !

— Sans doute, répond Cotto. Je découvre, je n’y suis jamais venu. J’avoue que je m’attendais à quelque chose de plus modeste, mon précédent vaisseau était de taille normale. Dailleurs, il est dans le coin, là-bas au fond.

— Rien que la visite va nous prendre des semaines !

— On aura le temps, je pense.

 

Ils sortent de la navette et posent le pied dans l’immense galerie. Un petit véhicule de transport sur roue (PVT) s’approche d’eux. Une voix les invite à prendre place. L’engin démarre dès qu’ils sont assis et les conduit le long des divers vaisseaux garés en épis.

— Une véritable armada. Il doit falloir du monde pour faire bouger tout ça, dit Daho-Met.

— Pas nécessaire, lui répond Cotto. Il n’y a que des robots.

— Où sont-ils ? Ça a plutôt l’air désert.

— Quand un robot n’a rien à faire, il se désactive et reste tranquille dans son coin. Nous en verrons sans doute tout à l’heure.

Le PVT les dépose devant un ascenseur qui s’ouvre immédiatement pour laisser paraître un solide robot d’apparence métallique. Cotto n’en croit pas ses yeux :

— Xa ! Toi ici ?

Le robot s’avance vers lui.

— Je ne suis pas le Xa que tu connais, simplement une réplique. Nous avons pensé qu’il te serait agréable d’être accompagné par un collaborateur familier. Mes fonctions sont exactement les même que Xa, je suis son double.

— Et tu te nommes comment ?

— Xa me convient parfaitement.

Cotto se tourne vers ses compagnons ébahis.

— Je vous présente Xa, mon fidèle assistant. C’est lui qui gère mes affaires quand je suis absent, en congé ou mort. C’est un modèle un peu ancien, mais performant comme vous n’en avez jamais rencontré.

— Le fameux Xa ! Déclare Daho-Met. Il est célèbre, mais rares sont ceux qui l’ont réellement rencontré. 

— Jamais entendu parler, dit Mike.

Le robot s’efface pour les accueillir dans l’ascenseur.

— Vos logements sont prêts. Ils sont situés au sommet du vaisseau, au 165ème étage.

 

Qui s’attendrait à découvrir des avenues larges, ornées d’arbres et de parterres fleuris. Des carrefours, des bâtiments de plusieurs étages, des boutiques, des restaurants, des chants d’oiseaux…

— Mais qui habite dans ces maisons ?

— Personne… pour l’instant. Nous n’attendons pas d’avoir des besoins pour imaginer nos vaisseaux. Ceci est le résultat d’un projet expérimental qui ne servira peut-être jamais. Notre savoir y a gagné, c’était le but.

— Et que trouve-t-on aux étages inférieurs ?

— Une réplique miniaturisée de Chamlie la Belle. Un complexe de technologie.

Xa trouve nécessaire d’ajouter :

— Quelques étages, une vingtaine de niveaux, sont également utilisés pour produire les éléments nécessaires à la survie des passagers. Ainsi, à l’étage inférieur, nous cultivons des céréales. J’aurai l’occasion de vous servir de guide si vous désirez visiter le vaisseau. À présent, je voudrais vous montrer vos logements.

— On te suit, dit Cotto. J’ai hâte de m’installer. As-tu des nouvelles de notre affaire ?

— Les sondes commencent à nous alimenter en informations. Nous allons de surprises en surprises ! En particulier, nous avons compris pourquoi la sonde Cobalts avait subitement repris vie. Elle a trouvé une source d’alimentations providentielle au contact d’une autre sonde dont nous ignorons la provenance.

— Ha ? On en connaît pas l’origine ?

— Technologie inconnue, très mécanique. Assez surprenante. Ce monde est probablement en observation depuis longtemps.

 

Cotto reste un instant songeur puis décide de remettre le reste du rapport à plus tard, après leur installation et un bon repas.

Cotto et Mike se retrouvent pour ce repas. Ils le prennent sur une terrasse d’où ils dominent le paysage lunaire aux ombres allongées par le levé du soleil. Contrairement à ce qui se passe sur terre, la voûte étoilée ne se dissout pas dans la lumière du matin, elle reste scintillante.

Mike est émerveillé. Ses yeux largement ouverts sur l’espace, il redécouvre un ciel qu’il pensait bien connaître à force de navigation sur toutes les mers du globe. Il n’est pas au bout de ses ahurissements. Quand Daho-Met se présente sur la terrasse, il pousse un cri d’étonnement et son geste de recul fait basculer sa chaise en arrière. C’est le cul par terre qu’il accepte la main que lui tend son compagnon pour le relever. Cotto éclate de rire.

Il faut dire que Daho-Met s’est débarrassé de ses fards et maquillages. Il apparaît donc tel qu’il est au naturelle, la peau et les cheveux roses. La robe traditionnelle de sa province ne couvre qu’une épaule et libère ses grandes ailes fournies.

— Wha ! Tu es un vrai ange ?

— Juste un Mulgs, nous sommes tous comme ça !

— Avec des ailes ? Et des plumes ?

— Ben oui,

— Mi-homme mi-oiseau ?

Daho-Met manifeste un rictus contrarié.

— N’exagérons rien, nous sommes peut-être différents des terriens, mais pas plus que les autres humanoïdes de l’univers. C’est plutôt vous qui êtes sous-équipés.

— Et tu t’en sers ? Tu peux voler ?

— Un peu, un petit vol plané de temps en temps.

— Et si on cassait la croûte ? Demande Cotto. Je commence à avoir faim. Daho-Met nous fera une démonstration plus tard. J’ai donné des ordres pour le décollage, nous aurons droit au spectacle en mangeant.

 

La vision n’a rien de féerique, mais Cotto ne le sait pas. L’énorme cube s’arrache sans secousse du sol lunaire, s’en écarte en amorçant une large boucle et plonge dans l’espace, la Lune et la Terre disparaissent de la vue en moins de dix secondes.

— Comment se fait-il que les missions lunaires n’aient jamais remarqué ce vaisseau ?

— Il ne se montre qu’à qui il veut. La structure des parois cotonneuses peut changer d’apparence. Un caméléon en quelque sorte. Et il n’est là que depuis quelques semaines. 

Xa intervient pour leur annoncer le programme :

— Nous serons sur place dans dix jours. Vous utiliserez ce temps pour vous familiariser avec le monde vers lequel nous allons. Nos informations s’enrichissent d’heure en heure.

— Il a un nom ? demande Mike.

— Saqqa ! C’est le nom le plus souvent entendu sur place pour désigner ce monde. Quant à la sonde, elle provient de Vissi, à 78 parsecs de distance. Nous avons immédiatement envoyé des sondes vers cette contrée.

— Et que peux-tu nous dire sur Saqqa ? demande Cotto.

— C’est une planète bleue, un peu comme la Terre, avec trois continents perdus sur un immense océan. Deux de ces continents situés sur l’hémisphère nord sont occupés par des humanoïdes. Le troisième est très au sud et ils ne l’ont manifestement pas encore été découvert. Il possède une faune sauvage différente de celle du nord. Nous pourrons nous y établir sans provoquer de problème.

« Au nord, les deux continents de surface semblable à celle de l’Amérique du Nord sont séparés par un détroit de 200 km. Les Saqqaiens, sorte d’humains très proches des terriens, un peu plus petit, mais à peine, se divisent en deux races : les Gobes (peau dorée) occupent le continent Est, et les Moutres (peau claire) celui plus a l’Ouest. Ces deux peuples ne se fréquentent pas beaucoup, quelques échanges commerciaux, mais les cultures et les langages sont très différents. Nous leur avons trouvé une certaine propension pour une grande taille des pavillons d’oreilles. Ceci nous amène à penser que les Saqqaiens sont proches cousins des Triabs. C’est surprenant, car la galaxie du fleuve rouge se trouve à l’opposé de l’univers… »

« Ils ne maîtrisent pas de technologies très développées. Côté Gobes, ils découvrent à peine les effets de la poudre, mais n’ont pas encore eu l’idée d’en faire des armes. Juste quelques feux d’artifice… Un puissant empereur gouverne les 11 provinces d’une poigne de fer en y maintenant une cohésion ancestrale. » 

« Côté Moutres, nous dénombrons 17 royaumes dont trois sont importants et dominants. Les paysans sont pauvres, les chefs disposent de montures ressemblantes à nos chevaux, d’armes blanches et aiment guerroyer. »

« Nos ateliers vous fabriqueront des vêtements adaptés, ceci vous permettra, si vous le désirez, d’aller découvrir ce peuple de visu. » 

Durant les quelques jours de voyage suivants, les informations transmises par les sondes enrichissent les connaissances sur ces peuples et leurs coutumes. À présent, des images arrivent également, permettant de se faire une idée précise des paysages, ainsi que de l’aspect des autochtones et de leur mode de vie. À l’Est, pas de surprise, le puissant empereur dirige ses peuples en utilisant une administration très organisée. Les castes sont bien segmentées et la discipline sert de clef à l’ordre établi. Il vit dans une capitale au centre de son empire, entouré d’une cour, obéissant à une étiquette rigide. Une religion unique en fait le Dieu vivant. Il en est ainsi depuis des siècles et cela devrait durer encore longtemps sauf improbable bouleversement.

Ce qui se passe à l’Ouest est plus compliqué. Tous ces petits ou grands royaumes semblent très actifs, pas du tout le ronronnement de l’Est. Les arts et la guerre sont en pleine expansion et fournissent du travail à un tas de manufactures inventives. Côté politique, rien n’est encore très clair. Des alliances sont visibles, mais les sondes n’ont pas la possibilité de comprendre les subtilités de la diplomatie.

Quand enfin le vaisseau se positionne en orbite éloignée de la planète, Cotto décide avant toute intrusion sur ce monde d’expédier le Jarlw sur place en éclaireur… Quant à la mystérieuse sonde, il s’occupera lui-même de l’analyser…

LMC 3

octobre 31st, 2007 by

3

Bloqué au fond d’un quai, amarré en doublon contre un vieux gréement en bois délavé par le sel, Cotto bouquine, tranquillement allongé dans le cockpit de son voilier. La panne n’est pas trop grave, il aurait pu continuer comme ça, mais cette mer est trop agitée et fréquentée pour prendre des risques. Mieux vaux avoir un moteur en forme. Il attend donc sagement qu’on lui livre et remplace la pièce douteuse, cela devrait prendre encore quelques jours.

Heureusement, il a découvert ce stock de vieux bouquins dans une des cabines. Il en profite pour se remettre à lire. Son voisin, Mike, a lui aussi des problèmes avec son vieux rafiot en bois, une prise d’eau le contraint à rester au port. Après deux tours du monde et six ans en mer, il est de retour dans sa patrie. Grand type blond, barbu, dégingandé, il a confié son bateau à la garde de Cotto le temps de trouver une solution financière ; c’est-à-dire, rendre une petite visite de courtoisie à sa famille qui le croit sûrement mort depuis longtemps.

La nuit commence à tomber quand il rejoint Cotto.

— Alors Mike, tu as retrouvé ta famille ?

— M’en parle pas, C’est tous des fous. Ils veulent que je débarque et que je revienne travailler dans le cabinet de mon vieux. Ils me disent que comme ça je gagnerais l’argent qu’il me faut.

— Et que fait ton père ?

— Il est agent de change. Plein aux as. Mais radin. Ha, les vaches !

Cotto se marre.

— Tu as mangé ?

— Pas eu le temps, j’ai filé jusqu’à Stadionkade, c’est à l’autre bout de la ville. Je voulais revoir une ancienne copine, mais on m’a dit qu’elle avait déménagé. C’est dommage.

— Elle est riche ?

— Non, je voulais juste la revoir, c’est un peu à cause d’elle que je me suis tiré sur ce bateau…

— Ha, une déception amoureuse ?

— On peut dire ça !

— Allez ! Je t’invite, on va se taper une moule frite et boire une énorme bière.

 

Ils gagnent les petites rues qui bordent le port. Il y règne une animation de jour comme de nuit, touristes, marins et dealers s’y côtoient. Ils entrent dans une taverne en contrebas du trottoir. La pièce est petite, bruyante, remplie de clients qui parlent fort, fument, rient, et boivent abondamment. Ils trouvent une table, s’y installent et commandent. 

Ils sont servis rapidement et, tout en mangeant, Mike raconte en détail sa journée. Les tables se touchent, les coudes aussi, et très naturellement, les voisins se mêlent à la conversation, racontant des blagues, des souvenirs de mer, des histoires de femmes. Cotto écoute nostalgique. Il lui semble revenir en arrière, au temps ou il fréquentait les bouges en compagnie des Triabs, à l’autre bout de la galaxie.

Et puis soudain une voix portant plus fort s’élève dans la salle, suivie d’un bruit de casse. Il lève les yeux. C’est un colosse, gras du bide, qui vient de saisir le bras d’une serveuse. Les verres qu’elle portait sur son plateau ont voltigé et le gars trouve ça hilarant. Deux de ses compagnons semblent vouloir le retenir, mais il les repousse d’une pichenette, attire la fille et fait mine de l’embrasser sur la bouche. Elle tente bien de le repousser, mais il pèse trois ou quatre fois plus qu’elle, et les hommes autour la pousse vers lui en brayant.

Alors, Mike se lève, livide. D’un coup, Cotto ne reconnaît plus le brave hollandais au teint rose et aux taches de rousseur. Il découvre son regard fixe, furieux. En trois enjambées, Mike est sur le gros type et lui tire la manche. Il y a tellement de bruit que Cotto n’entend pas ce qu’il lui dit, mais la réponse du colosse est claire. D’un revers de main, il projette Mike par-dessus une table en éclatant d’un rire grossier.

Du coup, Mike est refoulé par les familiers du bar, mais il est groggy et s’écroule au sol en recevant quelques coups de pied dans les cotes.

Cotto réagit. Il saute par-dessus sa table, distribue trois ou quatre coups pour dégager Mike et le relève. Un grincheux veut lui barrer le passage, il lui expédie son talon dans l’estomac et l’envoie valdinguer sur une autre table.

Mike revient à lui.

— Qu’est-ce qui t’a pris d’attaquer ce mec ?

Sans répondre, Mike l’écarte et se rue à nouveau sur le type qui veut forcer la serveuse à s’asseoir sur ses genoux.

— Lâche là gros porc !

D’un mouvement vif, le colosse se retourne, sa grosse patte velue saisit Mike par le cou. Les cris redoublent « Tue-le Tarzan, écrase-le ! ».

Mike suffoque, le gros ne le lâche pas, au contraire, sa gigantesque main le serre plus fort.

Cotto s’est approché. Il voit Mike, complètement garrotté, en train d’asphyxier. Il attrape le poignet du colosse. En quelques secondes le rire gras s’interrompt. Une grimace apparaît sur le visage obèse puis une sensation de souffrance se dessine sur ses traits. Il lâche Mike qui s’écroule. Puis le gros type pousse un hurlement de douleur. Il abandonne la serveuse et tombe à genoux.

En un rien de temps, le silence s’est fait dans la salle. Les habitués n’en reviennent pas, leur champion est en train de plier devant un homme ordinaire qui lui tient juste le poignet.

Cotto le libère et lui dit

— Fiche la paix à cette dame. Finis ta bière si tu veux, mais ne la ramène plus !

Ensuite il récupère Mike et le force à se rasseoir à sa place.

— Alors ?

— Merci Cotto. Sans toi il m’explosait.

— Tu connais cette fille ?

— Ben oui, justement, c’est Marlene, celle que je recherchais cet après-midi. J’ignorais qu’elle est devenue serveuse dans ce bouiboui crasseux. 

La fille a ramassé les morceaux de verre et repris son travail. Elle leur jette un regard interrogateur, leur adresse un sourire et un mouvement de tête pour les remercier.

— Elle n’a pas l’air de te reconnaître.

— Tu parles, il y a six ans j’étais glabre et je m’habillais en homme d’affaires.

Il reste songeur en l’observant.

— je voudrais bien savoir comment elle a pu en arriver là. Quand je la draguais, elle était mariée à un pasteur. Ils habitaient près de chez nous. Elle ressemblait à une communiante et lui à son grand-père.

— Le ménage n’a pas dû tenir !

— Ca j’en étais sur. Mais à l’époque elle était timide et elle n’entendait rien.

— Je suppose qu’un autre a dû la convaincre. En tout, car elle a sacrément évolué pour se retrouver ici.

— Il faut que je lui parle, qu’elle sache qui je suis.

— Si tu veux, on boit une autre chope en attendant la fin de son service. On lui parlera après, au calme.

 

Le temps passe vite devant une bière, minuit sonne au clocher de la cathédrale. Le cabaret est maintenant presque désert. Mike et Cotto ne voient plus la serveuse faire ses va-et-vient.

— Je crains que ta copine ne se soit envolée sans nous prévenir.

— Zut, j’aurais dû lui parler dans le bar.

— Ça sera pour demain, elle doit être ici tous les soirs. Je meurs de sommeil. Il est temps d’aller se coucher.

Ils sortent. Les petites rues sont mal éclairées. La nuit est fraîche. Un cri perce l’obscurité, ils se regardent dubitatifs.

Des pas résonnent sur les pavés, accompagnés d’éclats de voix. À l’angle de la rue, des gens s’apostrophent. La tonalité de Tarzan est reconnaissable.

Ils s’approchent sans être remarqués. Tarzan et quatre des ses amis entourent la serveuse accompagnée par un grand type aux cheveux longs. Apparemment, Marlene est en désaccord avec l’ensemble du groupe. Elle proteste avec énergie :

— Il n’en est pas question ! Je ne marche pas dans ces combines.

— Tu n’as pas le choix, insiste Tarzan, un engagement nous lie avec Hans.

— Je n’ai rien à voir avec vos paris douteux. Hans n’a pas à disposer de moi.

Le Hans en question lui envoie une baffe. Marlene titube. Mike intervient bruyamment.

— Laissez là ! Gangsters !

Il s’élance. Cotto est sur ses talons.

Tête la première, Mike plonge dans le groupe. Il récolte un méchant coup sur la nuque et, entraîné par son poids, s’écroule sur le trottoir.

Cotto est moins impulsif ;

— Allons ! Quest-ce qui ne va pas ? On fait des misères à la petite dame ?

— Décroche ! Lui souffle Tarzan, ce n’est pas tes affaires, fait demi-tour et disparaît avant que…

— Que quoi ?

Il a saisi Tarzan par une oreille d’une main si puissante qu’il le fait tomber à genoux. Les autres hésitent, mais ils se souviennent de la correction précédente et préfèrent rester en retrait, excepté Hans qui ne connaît rien de l’affaire. Voyant Tarzan au sol, il est surpris, mais ne comprend pas le danger que représente Cotto.

— On t’a dit de dégager.

Il bouscule Cotto qui lâche tarzan. D’un uppercut sec au menton, il cueille Hans et l’envoie rouler au sol.

— D’autres amateurs ?

Personne ne bronche.

— Bien, il est tard, je pense qu’un bon lit vous attend. Allez, dégagez, je raccompagnerai moi-même la jeune femme.

Tarzan se relève en se tenant l’oreille. Hans soulève la tête sans comprendre…

Mike s’approche de Marlene.

— Viens, filons d’ici.

Il lui prend le bras et l’entraîne. Derrière eux le groupe reste médusé. Cotto les rejoint.

— Alors ? Que vous voulaient-ils ?

Marlène reste silencieuse, assez perturbée.

— Marlène, c’est moi Mike, tu ne me remets pas ?

— Mike ? Mike Vandebrock ?

— Moi-même, et voici mon ami Cotto.

— Mike ! Ca alors, si je m’attendais.

— Et moi donc, pas plus tard que cet après-midi, je suis allé dans ton quartier pour essayer de te revoir. J’ai appris que tu avais quitté ton vieux mari.

— Comme tu le vois ! Ce n’est pas ce que j’ai fait de mieux. J’ai eu la sottise de choisir Hans. Soi-disant industriel. Ça m’a conduit ici, dans ce cabaret pour marins alcoolique.

— Que voulaient-ils ?

— Hans a joué et perdu, et je suis le prix à payer. Charmant, comme vous voyez ! Merci d’être intervenus, je suis tranquille pour ce soir, mais dès demain il faudra que Hans paie ou alors je vais avoir de gros problèmes.

— Mike, conduis Marlène aux bateaux, je vais régler cette affaire.

Cotto fait demi-tour. Il n’a pas de mal à les retrouver puisqu’ils n’ont pas bougé d’un mètre. Hans est plaqué au mur, maintenu debout par Tarzan d’une main de fer appuyé sur son torse. L’autre main fait des allers-retours sur ses joues.

Cotto reste un moment en arrière, il observe la scène avec satisfaction.

Quand il juge que Hans a suffisamment été corrigé, il s’avance, écarte les voyous et tapote l’épaule de Tarzan.

— J’ai oublié de te dire…

Tarzan se retourne, étonné.

— Tu me reconnais ?

Oui, à voir sa bouille stupéfaite, Tarzan le reconnaît.

— Tu as gagné un pari ?

Tarzan incline la tête de haut en bas.

— La femme ?

Tarzan confirme.

— Une petite galipette avec elle ?

— Oui…

Un ange passe…

— Pas de chance !

Tarzan a un tic mêlant déception et curiosité.

— Il va falloir l’oublier, la petite serveuse est intouchable.

— Pourquoi ? Je l’ai gagné !

Cotto a un sourire…

— Parce qu’elle est avec moi et que je démolis le premier qui lui touche un cheveu.

— Mais, et mon gain…

— Demande à Hans de te l’offrir, avec ses joues bien roses, regarde comme il est attendrissant. Alors, j’ai ta parole, je n’aurai pas à te le redire ? Tu oublies Marlène.

En prononçant ces mots, Cotto l’a saisi à pleine poignée au gras du ventre et bride son geste. Le gros suffoque…

— Ok, ok. C’est bon pour moi, halète-t-il, je laisse tomber. 

— C’est parfait. Ainsi, tu n’auras pas d’ennui.

Il le libère. Tarzan recule en se massant le ventre. Cotto salue d’un petit signe sur le front et s’éloigne en rappelant :

— Intouchable, n’oubliez pas !

 

Il rattrape Marlene et Mike à la hauteur des pontons et les invite sur son bateau. Devant trois verres et une bouteille de Gewurztraminer bien fraîche, ils écoutent Marlène raconter son parcours plutôt affligeant. Puis, voyant l’heure plus que tardive, Cotto lui propose de rester dormir dans une des cabines. Elle accepte. Mike lui souhaite une bonne nuit et lui rappelle qu’il est là, juste à côté en cas de besoin. Elle sourit tendrement, mais son regard dévie vers Cotto. 

Seuls, il l’aide à faire le lit.

— Je n’ai pas osé vous remercier devant Mike, mais sans vous j’y serais passé… Merci pour votre intervention

— Ce n’est rien, juste un galopin à corriger.

— Vous savez bien que non, ce type est la terreur du port.

— Il ne vous regardera plus. Je l’ai vacciné contre toute pensée envers vous.

— Je sais, j’ai vu votre manière de faire. Vous êtes singulier.

Elle s’approche et lui pose la main sur l’épaule

— Vous êtes fort. Rassurant.

Il ne la repousse pas. Elle est belle, éclatante même, et lui n’a pas connu de femme depuis si longtemps. Il lui frôle les cheveux avec sa paume, et l’embrasse. Puis, il l’entraîne dans sa cabine…

Au matin, Marlène s’éclipse sans bruit. Cotto ne dort plus, mais garde les yeux fermés et la laisse partir sans un mot. Quand il n’entend plus ses pas cogner sur le plancher du ponton, il s’étire, heureux et se lève. Envie de croissants. Il se dirige vers le port.

Mike émerge de son carré juste quand il revient.

— J’ai des croissants, tu fais le café ?

— Bonne idée. Marlène déjeune avec nous ?

— Elle est déjà partie.

— Ha !

— Laisse tomber Mike, elle n’a pas l’âme d’une coureuse de mer…

D’une grimace, Mike lui fait comprendre qu’il est un peu déçu. Il respire profondément l’air marin et s’écrie :

— Deux cafés, deux !!!

Il se précipite dans le carré pour faire chauffer la cafetière…

Quelques instants plus tard, ils trempent les croissants dans leurs bols en silence, appréciant le calme du coin, quand un grand type au teint rosâtre apparaît et les apostrophe.

— Bonjour, je cherche monsieur Jules Comptoir. Vous pouvez m’aider ?

— C’est moi ! Vous venez pour le moteur ?

Pas de réponse, mais Cotto se sent soudain examiné.

— Que voulez-vous ?

— Je suis journaliste, j’aimerais vous poser des questions relatives à votre entreprise.

— Vous plaisantez, je suis en vacances. Je n’accorde aucune interview.

— Permettez-moi d’insister, j’ai fait des millions de km pour vous trouver. S’il vous plait, accordez-moi dix minutes.

— Des millions de km ? Vous vous moquez ?

— Muligue, vous connaissez ?

Cotto reste sans voix. Muligue, la capitale des Mulgs, bien sûr qu’il connaît. Il dévisage l’inconnu. Cette peau rosée, cette stature…

— Vous venez de là-bas ?

— Exact !

— Dans ce cas, vous êtes hors la loi. Vous devez le savoir.

— J’aime prendre des risques quand il le faut. J’essaie de comprendre certaines choses…

Ils s’observent en silence. Cotto est médusé. Puis :

— Vous buvez du café ? 

— Pourquoi pas, si vous l’offrez de bon cœur.

— C’est Mike qui l’offre, venez vous asseoir près de nous.

 

Installé, buvant le café chaud du bout des lèvres, le Mulgs examine Cotto.

— Que voulez-vous savoir de si important pour avoir engagé un si long voyage ?

— Tout sur vous, ce que vous savez du Danyon… vos aventures…

— Mes aventures ? Vous devez me prendre pour quelqu’un d’autre.

— Peut-être, Mais pas sûr. Je mène une enquête, car le Danyon est devenu un mythe pour mon peuple. Alors qu’autrefois il vivait au milieu de nous, sa disparition est surprenante. Elle m’intrigue.

— Qu’est-ce qui vous fait penser que j’ai des connaissances sur le sujet.

— Mon instinct.

 

Cotto ne sait que dire. Pensif, il termine silencieusement le petit-déjeuner. Enfin, se levant de table, il admet d’une phrase laconique :

— Le moment est peut-être venu, mais avant de révéler quoi que ce soit, je m’accorde 24 heures de réflexion. Revenez demain.

Daho-Met  serre les poings en signe de victoire. Cotto voit le geste et affiche un sourire.

— Rien n’est fait pour l’instant. Vous savez où dormir ce soir?

— Je vais trouver un hôtel…

— J’ai une cabine de libre, ainsi nous pourrions faire connaissance, ça vous dit ?

— Merci, j’accepte.

Daho-Met s’installe dans le bateau. Il dépose une sacoche contenants les documents et ses notes concernant son enquête. Cotto les parcourt rapidement sans dissimuler sa vive curiosité. Alors, une bouffée de mélancolie s’empare de lui en retrouvant ces souvenirs enfouis…


la m?nique c?ste 1

octobre 31st, 2007 by

1

 

Une pluie fine et glacée enveloppe la grosse limousine sur cette route isolée de la campagne angevine. L’automne s’achève par cette journée triste avec la vision de ces champs nus et lavés. Au loin, un groupe de corbeaux plane lentement sous les nuages, à la recherche d’un abri. Le lent mouvement des essuie-glaces donne la cadence à l’humeur morose de Cotto silencieux sur la banquette arrière.

A l’approche d’un village, le chauffeur décélère progressivement. Il cherche une indication, un panneau quelconque qui indiquerait la maison de retraite… Il sait qu’il est en retard, d’ailleurs, passant devant l’église, il aperçoit un petit rassemblement. « Nous y sommes » pense-t-il. C’est ici. Il gare son véhicule sous les arbres de la petite place.

Sans attendre, Cotto descend et rejoint l’attroupement au moment ou le corbillard apparaît au bout de la rue. Il examine les gens à la recherche d’un visage connu. La plupart sont des pensionnaires de la maison de retraite qu’il a croisés quelquefois, il y a la directrice et près d’elle, la seule personne qu’il connaisse vraiment, Jérôme, le fils de son vieux copain. Il s’approche de lui, et sans échanger un mot, lui serre la main.

Jérôme dépasse à peine la cinquantaine, taille voûtée, cheveux rares, costume sombre, rien de ce qu’était son père au même age. Cotto laisse les souvenirs le distraire alors que le cercueil de son vieux copain Roberto Condu pénètre dans l’église, porté par quatre gaillards.

Condu était son dernier pote de jeunesse. Celui pour lequel il avait une affection particulière. Artiste sans grand talent, sans succès, mais roi de la débrouille et capable de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Il l’avait toujours connu comme un éternel gamin se jouant et riant de tout.  75 ans d’une vie d’insouciance que le prêtre sut traduire avec émotion, mais en omettant les moments probablement les plus mémorables de sa vie.

Puis ce fut le cimetière, le dernier salut et la page tournée définitivement. 

La cérémonie terminée, Cotto salue Jérôme ainsi que le jeune homme qui l’accompagne dans lequel il croit reconnaître l’œil vif de son copain Roberto.

— Mon fils Robert, lui présente Jérôme.

«  Même regard que son grand-père, même sourire. » Pense-t-il.

Ils échangent quelques mots puis il regagne son véhicule. Le chauffeur se presse pour lui tenir la portière. Un petit groupe de vieux passe devant eux, à petits pas. Il patiente avant de tourner le contact, car il attend les ordres. 

Mais Cotto reste songeur. Un coup d’œil rapide dans le miroir de courtoisie lui rappelle qu’il n’est pas comme tout le monde. Il soupire.

— On rentre James. J’ai promis à madame de ne pas m’éterniser…

« Éterniser » encore un mot malheureux !

Cotto vit la période la plus compliquée de sa vie. Ses amis disparaissent, sa femme se flétrit, ses enfants vieillissent, et lui, par le caractère des pouvoirs de Chamlee la Belle, lui le maître, le Danyon, il ne change pas. Il reste le jeune quadra dynamique depuis bientôt quarante ans. 

À nouveau, la voiture file entre les gouttes sur une route étroite. La propriété n’est qu’à une trentaine de kilomètres de là.

Acquise peu après son installation définitive sur cette Terre qu’il a décidé de ne pas déserter, l’ancienne forteresse de Bourgcastel et les champs alentour lui servent de domaine. C’est ici qu’il a connu les plus beaux moments de va vie, son mariage avec Fanty, la naissance des jumelles, la vie sans souci et le bonheur de voir grandir les filles dans la paix retrouvée.

Ces années, il ne les a pratiquement pas vus passer. Ayant su préserver son anonymat, rien n’est venu troubler sa paisible vie de terrien.

De Chamly-la-Belle, il reçoit chaque jour des informations que lui fait parvenir Xa. Il dirige, conseille et sévit si nécessaire par l’intermédiaire de son fidèle robot. Mais il a souhaité que le rôle du Danyon soit le plus discret possible et ses interventions sont rares.

Le monde des Mulgs  a retrouvé une sérénité. L’empereur de pacotille mis en retraite, les gouverneurs écarté et remplacé par des élus intègres.

Les Cobalts, châtiés et mis au pas, ont renoncé à leur vieux rêve de domination de la galaxie. L’esclavage aboli, la démocratie s’est imposée. Les planètes satellites tel le triangle des Affunties, ont retrouvés leur indépendance et surtout la tranquillité. Qui oserait se mettre en travers des décisions du Danyon ?

Les gros lézards commencent à s’habituer à avoir des opinions divergentes de celles du Cobtsar et à comprendre qu’ils ne sont pas forcément les meilleurs en tout. Ils y gagnent en connaissances politiques, idéologiques et en esprit de liberté. Ils y perdent un peu en discipline…

Au-delà de la galaxie, du côté du Fleuve Rouge, les Triabs continuent de développer l’anarchie libérale qui leur va si bien.

Officiellement Jules Comptoir gère une entreprise innovante (la Sté Comptoir). En distillant à petite dose des brevets technologiques, Cotto permet à la Terre de se développer à juste vitesse et sans bouleversement. Ces brevets lui rapportent des revenus qu’il réinvestit par le truchement d’une fondation. 

Ses filles ont également fait leur vie. Julia, après des études de droit, s’est installé en Amérique du Nord, et avec John son époux, elle dirige le bureau de représentation de la Sté de son père. Émilia, en tant que médecin, dirige la fondation. Restée célibataire, elle vit au domaine près de ses parents.

Quant aux rapports entre la Terre et les Mulgs, ils sont réduits à une ambassade présente aux Nations Unies dans un rôle d’observation. Tout échange commercial est strictement interdit. Aucun des membres de l’ambassade ne  connaît l’identité de Cotto, ni même que le Danyon vit sur cette planète. 

À peine de retour au domaine, Cotto passe devant les bureaux installés dans une aile du rez-de-chaussée du château. Ses collaborateurs travaillent sous la direction de Félix Ribert,  un ami de longue date qui gère avec compétence la bonne marche de l’entreprise. Il y a déjà plusieurs années que Cotto a pris de la distance avec le personnel pour ne pas éveiller trop de curiosité sur sa verdeur étonnante.

En fait, peu de gens connaissent la vérité sur son compte. Ses filles et son gendre, Félix et cinq ou six amis intimes qui disparaissent progressivement.

Il gagne son bureau. C’est une petite pièce aux murs couverts de tapisserie datant du moyen âge et aux meubles style Empire. Comme chaque jour, il parcourt rapidement les notes que Félix a déposées à son intention sur une petite table. Rien d’important aujourd’hui.

Il passe dans l’appartement. Fanty tricote devant la cheminée du petit salon. En entendant ses pas, elle l’appelle.

— Cotto ?

Il s’approche d’elle, lui baise le front. Elle pose ses aiguilles sur ses genoux et lui prend la main.

— Alors ? C’est fait ? Notre pauvre Roberto est enterré ?

— C’est fait !

— Il y avait du monde ?

— Pas trop. Tu sais, il ne lui restait plus beaucoup d’amis et sa famille est tellement dispersée…

Elle garde sa main dans la sienne en l’observant.

— Mon pauvre Cotto… Tu seras bientôt le seul survivant de nous tous… Je te plains.

Il reste silencieux. Depuis longtemps les sentiments ont évolué et ils se considèrent plus comme confidents que comme couple. Fanty a vieilli, seuls ses yeux bleus sont intacts. Depuis longtemps, il réfléchit à la suite qu’il donnera à sa vie après sa disparition.

— Je vais prendre l‘air, cette journée est déprimante.

Elle le regarde s’éloigner de son pas énergique. Songeuse, Fanty n’a plus grand-chose à attendre de la vie. Le feu dans la cheminée crépite,  mais ne suffit pas à la réchauffer. Elle ajuste son châle sur ses épaules, reprend ses aiguilles et son ouvrage.

Cotto s’est changé. Il pénètre dans l’écurie. Gus a reconnu son pas et frémis d’impatience. Sa lourde tête sort du box.

— Tout doux Gus, on y va !

Il selle le cheval et s’élance sur une allée de terre battue en direction de la campagne.

 

Douze années passent ainsi au même rythme.

Cotto voyage de temps en temps pour tromper la monotonie de sa vie. Une fois par an, il participe à une réunion avec les responsables des planètes Mulgs. Il reste distant, mais sait être à leur écoute et intervient si nécessaire. Il a longtemps gardé des contacts avec ses amis K’Noi le Triab et le grand Clim. Mais ils avaient opté pour une vie d’aventures périlleuses, et depuis longtemps déjà ils ne sont plus de ce monde. 

 

Fin avril est encore froid. Une  brume rosée enveloppe les naseaux de Gus qui trotte joyeusement entre les vignes d’où s’éveillent les premiers bourgeons. Cotto se laisse porter sans apprécier l’éclat de cette paisible matinée.

De retour, en fin d’après-midi, il soigne Gus avec application. Le cheval se laisse brosser tranquillement, puis il gagne son box. Dans quelques heures, Julia arrivera à Angers par un vol privé.  Cotto tient à ce que Fanty soit entourée de ses filles, car ses jours sont comptés. Il ôte ses bottes, secoue sa veste et l’accroche dans l’entrée. Il rejoint le salon d’où lui parvient le crépitement du feu de bois de la cheminée. Fanty semble endormie, son tricot sur les genoux, la pelote de laine a roulé sur le tapis.

Il s’approche doucement, pose la main sur son épaule. Elle glisse légèrement sur le côté. Ses yeux sont clos. Son beau visage fané est figé et prend un reflet de porcelaine. Cotto pose un genou au sol et recueille son visage contre sa joue. Les larmes lui viennent. C’est la fin de l’histoire de Cotto et Fanty

 

 

À quelques millions de kilomètres de là, dans un sous-sol blindé, un Cobalt déchiffre un curieux et inattendu message. Le colonel Talentas dirige le service de transmission du secteur Gama.  A ce titre, il rédige chaque jour une synthèse des émissions insolites ou préoccupantes qu’il capte dans l’espace et qu’il traduit à l’intention du QG.

Or là, en l’occurrence, si le message capté est bien codé,  il a la particularité d’utiliser une ancienne clef Cobalt. Une très ancienne clef !

Le colonel relit le texte plusieurs fois avant d’appeler le lieutenant Gombert…

— Qu’est-ce que c’est que ce truc ? D’où me sortez-vous ce message ?

— Nous venons de le recevoir. J’attends des précisions sur son origine exacte, mais si la datation est bonne, nous aurons du mal à situer sa source. Par contre, j’ai déjà identifié la sonde émettrice. Elle appartient à une ancienne campagne d’exploration close depuis plus de cinquante ans.

— Mince ! Et elle donne de ses nouvelles maintenant ? Comment est-ce possible ?

— Ces sondes avaient une capacité de vie d’environ 10 ans. Nous avons déjà eu des surprises de ce genre, mais pas sur une si longue période…

— Je ne peux pas communiquer cette info sans donner plus de détails. Je vais avoir tout l’état-major sur le dos…

Le lieutenant se racle la gorge.

— Vous imaginez, une planète de type T1 avec une population civilisée. Nous n’en avions pas découvert depuis… depuis la Terre.  

— En effet

— Dailleurs, cette sonde fait parti de la même campagne, c’est vous dire.

Le colonel se gratte les écailles du cou.

— Bon, à votre avis ?

— C’est un monde habité se situant, rien que pour y aller, à 2 ans de bourlingues. Nous devons transmettre l’info. Quant aux suites que donneront nos chefs, vu le reste des infos fournies,  je doute qu’ils s’empressent…

— En effet.

 

Sur ces dix dernières années, les Cobalts ont découvert une demi-douzaine de mondes habitables dont certains possédaient une faune et une flore. L’expansion de leur race a toujours nécessité de découvrir de nouvelles planètes. La colonisation de monde nouveau fait parti de leur culture. Mais, depuis quelques décennies, la donne a été modifiée. Les Cobalts n’ont plus les mains libres. Le Danyon  a posé des limites à leur expansion. Interdiction formelle d’approcher d’un nouveau monde s’il est peuplé par une race civilisée.

 
Cotto a beau se consacrer au travail, il ne trouve plus ses marques dans cet appartement.  Le domaine parait bien trop grand maintenant. Les semaines qui suivirent la disparition de Fanty furent consacrées à ses filles. La mort de leur mère les avait terriblement ébranlées. Cotto fut présent en père attentif, mais ses propres enfants paraissent plus âgés que lui, et le décalage devient de plus en plus compliqué à gérer.

Où sont les amis, le copain à qui se confier, avec qui passer une soirée devant un verre pour se libérer de ses angoisses.  Félix peut-être ?

Oui Félix, et c’est justement lui qui lui proposa de faire un break, il voyait son patron et ami se morfondre, tourner en rond sans but…

— Pourquoi ne prendrais-tu pas quelques jours pour faire le point. Voyage, change d’air

— Pour aller ou ?

— Ou le vent te portera, loue un voilier, offre-toi une croisière en solitaire. Tu as toujours aimé la mer. Autrefois tu partais des semaines…

— Fanty aimait tellement ça. Mais comme tu le sais, elle ne pouvait plus faire de déplacement depuis longtemps…

— Et d’autres choses, je me doute. Tu as été un mari remarquable Cotto. Peu auraient eu ta patience. Mais maintenant, il faut penser à toi, te reconstruire un avenir. Prends de la distance, échappe-toi quelques semaines, je m’occupe de tout. Ton destin ne se limite pas à tes exploits passés. Tu as encore de grandes choses à accomplir.

 

C’est ainsi que Cotto décide de s’embarquer sur un voilier qu’il loue à Dieppe.  L’arrivé du printemps devait lui permettre de s’engager assez haut vers la mer du Nord, direction Saint-Pétersbourg, périple qu’il avait souvent projeté de faire, mais qui n’enchantait pas sa compagne qui préférait les mers chaudes.

Premier objectif; Ostende en Belgique.

 


Belair et la chanson triste (Jacqk)

janvier 1st, 1970 by

Belair et la chanson triste

 

 

 

Neuf vies disent-ils…

Je compte sur mes griffes, j’en suis au moins à douze. Enfin, façon de parler, car pour vivre 12 fois il faudrait avoir subi onze morts… Moi si je suis toujours là, c’est justement parce que la mort, bien qu’elle m’ait souvent frôlé, j’ai su la rouler… et surtout l’amadouer.

Vingt et une années de maraudes, d’équilibre sur les gouttières et de siestes au soleil. C’est un peu raccourci pour une vie bien remplie.

J’suis l’acrobate

Sur quatre pattes

Ça, c’est ma devise.

Il arrive parfois que des chatons du quartier viennent me faire la causette. Ils aiment bien que je leur raconte ma vie. Souvent ils réclament la même histoire, celle du crime de la mère Dufay. Ils se mettent en demi-cercle devant moi, leurs petites pattes croisées, les oreilles grandes ouvertes, et il écoute mon histoire la bouche béante…

 

Au 26, à cette époque, il y avait un vieil immeuble délabré. Les maisons se serraient les unes aux autres, les gens se connaissaient et se saluaient. Le Vagabond était un café-restaurant qui donnait sur la rue et sur une arrière-cour. Moi j’aimais bien l’ambiance des lieux. Le cuistot était un pote, il me gardait des restes, le patron, superstitieux, me respectait, et, sur le piano, Bob le pianiste me tolérait en me laissait boire dans son verre. Une vie de pa-chat en quelque sorte.

J’avais d’autres copains dans le coin, mais question humains, je ne fréquentais qu’eux. Lupo, le cuistot était un peu italien. Beau gosse, il maniait les queues de casseroles comme un artiste de cirque. Il jonglait littéralement. Sa spécialité : les pâtes, mama Mia, quel délice. Il n’avait pas trente ans, mais tout le monde s’accordait à dire de lui qu’il avait de l’or dans les mains.

Tom, le patron, était un ancien boxeur, champion d’Europe des mi-lourds. Du costaud avec sa carrure de déménageur, ses tatouages sur les avant-bras, son nez aplati et son crâne lustré comme un œuf d’autruche, il impressionnait grave. N’empêche, il avait un cœur gros comme ça et n’aurait pas fait de mal à une mouche. Encore moins à un chat.

Quant à Bob (le pianiste), la cinquantaine passée, il avait connu le patron durant leur service militaire. Il avait eu son heure de gloire, il y a longtemps, en accompagnant un chanteur connu. Mais la bibine avait eu raison de son talent. Bob habitait une petite chambre au sixième, mais il n’y couchait guère, généralement saoul à la fermeture, vers deux plombes du matin, après une nuit à effleurer ses touches et à boire du whisky, il s’effondrait souvent entre le troisième et le quatrième. Là, après avoir rampé jusqu’à un paillasson, il cuvait paisiblement.

Connaissant mon Bob, je n’oubliais pas, vers six heures, juste avant d’aller faire ma ronde, de monter le réveiller en lui léchant le nez avec ma langue râpeuse. Il ouvrait les yeux paresseusement, me remerciait d’une caresse et terminait son ascension pour gagner son lit.

 

Malheureusement, mon emploi du temps m’obligeait parfois à répondre à des impératifs m’empêchant d’effectuer ma B.A. et dans ce cas, le premier locataire en partance pour son job, souvent Toussaint, un éboueur très matinal, prévenait le concierge. Bob en prenait alors pour son matricule…

Albert Codun, le concierge, était un ancien de l’Algérie. Pensionné de guerre pour avoir été blessé dans une échauffourée (il avait reçu un méchant coup de couteau dans une fesse), il boîtait légèrement en claquant du talon droit. C’était la terreur de la rue, pas un matou, pas un clébard, pas un pigeon du coin qui n’avait eu affaire à lui et à ses godillots.    

Le problème d’Albert venait de Jules, son ange gardien. Ancien alcoolique, il avait reçu pour purgation d’aider Albert à pencher du coté du bien. Mais Jules, je le croisais trop souvent à hanter le bar, se gavant des effluves de Martini ou d’alcool de prune. On ne se refait pas. Du coup, il laissait la place libre à Cobra, un succube chargé du côté obscur.

Éternelle bataille, que nous les chats avons le lourd privilège de percevoir. Cobra, faut-il le rappeler, avait consacré sa vie au trafic de drogue, à la prostitution et au meurtre en tout genre. Pour lui les choses étaient claires. Il n’attendait de ce job qu’une promotion dans la hiérarchie démoniaque.

 

J’aurais pu (et du) m’en tenir à assister en spectateur à ces déchéances. Voir un ange se noyer dans les vapeurs d’un pianiste, et un concierge devenir un vrai salopard.

J’aurais du !

Mais y’ avait Sonia.

Sonia, que dire ? Blonde, grande, fine, onctueuse, œil de velours, peau de satin, voix de sirène. Elle chantait et elle servait. Mais quand elle servait, elle enchantait et quand elle chantait, elle ensorcelait.

Une bombe sexuelle, un tsunami de charme, un typhon de beauté…

Un canon quoi !

Quand elle passait une main délicate sur mon pelage, ça dégageait tellement d’électricité que du bout de ma queue à la pointe de mes moustaches, un phénomène statique me faisait devenir lumineux.

Jules, alors, me charriait, me traitant de « chat-rgeur à batterie ». Ouais, le jeu de mots n’est pas terrible, mais venant d’un poivrot… Et ça ne faisait rire que lui.

Autant dire que tout le monde, du cuistot, au patron, en passant par le pianiste, les clients, l’ange et même le concierge, tout le monde en était dingue. Même Cobra d’ailleurs, toutefois lui, il n’avait qu’un regard professionnel… 

 

Mais si je commençais par le début. Je suis un peu brouillon parfois…

 

Cette nuit là, donc, Bob jouait. Ses doigts magiques couraient sur les touches et nous offraient une balade de sa composition. J’étais sur le piano, à ma place habituelle. Je ronronnais en cadence. Les quelques clients, des habitués, discutaient tranquillement, bercés par la mélodie. Le patron essuyait des verres. Le cuistot, service terminé, installé au bar sur un tabouret, sirotait un Armagnac en fumant son Partagas. Jules, allongé sur le zinc, profitait de l’Armagnac. Ses ailes faisaient tournoyer la fumée.

Sonia vaquait de table en table, offrant son sourire et son bonheur de vivre. Elle s’approchait lentement du podium, attentive aux accords que Bob plaquerait au moment propice. Elle allait délaisser son tablier, le temps de quelques chansonnettes. 

Les hanches ondulantes, elle se mettait en condition.

Bob termina son morceau par le traditionnel pomtagadapompon et attaqua en ré majeur.

Alors, la salle se tut. On aimait tous cette chanson triste.

La magie commençait :

En bas sur la terrasse

Alors que la nuit tombe

Masqué par la pénombre

J’entends des voix qui passent

Dans le coin le plus sombre

Manuel a pris sa place

Sa guitare m’agace

Une plainte profonde

 

 

 

Déjà envoûté, tout le monde retenait son souffle. Moi-même, qui entendais cette chanson pour la centième fois, j’avais déjà les tripes nouées par l’interprétation. Quel talent cette Sonia…,

C’est alors que le concierge déboula dans le bar. Je ne sais pas si vous avez connu ça, vous les hommes, mais moi j’ai un sixième sens qui me prévient quand quelque chose cloche dans mon entourage. Il semblait marcher comme un automate, se dirigea vers le bar, sans un regard pour personne, et demanda un Cognac. Naturellement, Cobra était dans son ombre !

Le patron emplit un verre qu’il posa devant le concierge, au travers de Jules. Cobra semblait particulièrement heureux, pas son genre. Même Jules, un peu grisé, repéra ce sourire diabolique. Il se releva sur un coude, pris d’un doute.

— Trop tard mon pote, lui murmura Cobra. Celui-là il est cuit, bon pour la grande chaudière.

Mon poil s’est dressé, Jules a ouvert de grands yeux…

— Tu ne l’as pas poussé à faire une connerie ?

— À peine, il est doué !

 

Le concierge but son cognac, d’un trait, et il s’écroula comme une loque. Sonia poussa un cri, Bob s’arrêta de jouer… Le cuistot s’est penché sur lui, il respirait faiblement et il a murmuré :

— J’ai bousillé la mère Dufay.  

 

Le concierge, j’en ai un peu rien à foutre, il n’est que ce qu’il est : un grand imbécile un peu con et serré aux oreilles, mais quand j’ai vu la tronche de Jules, j’ai pigé que ça allait lui apporter de sacrés emmerdements.

 

La mère Dufay, ce n’est pas qu’elle était mauvaise, mais c’est vrai, personne n’allait la regretter, à cause qu’elle ne parlait à personne, qu’elle piquait dans les boîtes aux lettres et qu’elle crachait dans l’escalier…

Ce que les voisins ne savaient pas, c’est que sur sa terrasse, elle avait toujours une gamelle pour les chats, des graines pour les oiseaux, et même du pain pour les rats… Toujours en douce. Ben oui, il y a plein de gens qui n’aiment pas les rats, ou les oiseaux, ou pire : les chats.

 

Je me suis esquivé à l’anglaise, et j’ai foncé vers l’appartement en passant par la gouttière.

Elle était allongée à plat ventre sur le tapis, un couteau planté dans le dos. Quand j’ai vu la flaque de sang, je ne suis dit que le tapis était nase… Et j’ai tout de suite compris que si elle respirait encore, c’était juste une question de minutes. Un nuage brillant descendait sur elle, crevant le plafond de la pièce. Des lueurs en forme de spectres s’en échappaient. « La famille débarque » me suis-je dit. « Ce n’est pas bon du tout ».

Coup de bol, Picasso, le pigeon, pionçait justement dans les parages (on l’appelle Picasso vu que c’est toujours lui qui gagne les concours de la plus belle fiente sur les capots). Mon miaulement alarmiste l’a éveillé.

— Hé vieux ! Prévient Razsmote qu’ici il y a du vilain, j’ai besoin d’aide !

Je me suis mis à l’œuvre. Avec mes capacités d’électricité statique, j’ai boosté le cœur de la vieille qui flanchait. Nous les chats on peut jouer les pacemakers… Et quand deux minutes plus tard Razsmote s’est pointé avec trois de ses cousins, l’affaire était presque gagnée. Les rats ont ça de pratique, pour vous recoudre les bobos ils sont inimitables. Là, évidemment, il n’était pas question de couture, mais de réanimation.

— Il faut qu’elle tienne jusqu’à l’arrivée du SAMU !

Respiration artificielle, massages, nettoyage, ils savent tout faire avec leurs petites mains.

Là haut, sous le plafond, le tunnel ne s’est pas ouvert. Un archange a fait un tour, m’a dévisagé, puis a remballé les effets et les bonnes âmes.

On a déguerpi à l’arrivée des secours. On avait fait notre boulot.

Une petite voix m’a retenu : « Hep matou ! Reste une seconde ! »

J’ai d’abord cru que c’était un petit bonhomme, genre lilliputien. Il était assis sur le bord du bahut, entre la poupée espagnole et l’assiette de Venise. On était pratiquement de la même taille. Il était habillé de gris clair, assorti à son teint également gris et, c’est là que j’ai compris que ce n’était pas un petit homme, il avait des ailes en plumes grises irisées.

Je me suis approché, intrigué par l’étrange personnage. Il a ajouté :   

— Tu m’as l’air dégourdi. Tu ne serais pas pour quelque chose dans ce raté ?

Moi je n’aime pas parler aux inconnus. À croire qu’il lisait dans mes pensées, puisqu’aussitôt il m’a dit :

— Je suis Iovem, l’ange gris clair. J’arbitre les différends entre le bien et le mal. J’interviens quand il y a doute ou fraude…

— Moi c’est Belair. Je n’ai rien vu et rien entendu. Je suis juste passé au bon moment pour empêcher la vieille de caner.

— Ha c’est ça ! Bon, ben pour toi le travail commence ! J’ai d’autres chats à fouetter. Entre l’ombre et la lumière, je condamne par défaut. Si tu veux aider ton ami, tu devras lui faire remonter la pente. Salut

 

Je me suis retrouvé seul. Sans avoir tout compris. Je suis redescendu au bar. Le concierge en sortait, mains menottées, les poulets le poussaient vers le panier à salade. Cobra ne le lâchait pas d’une semelle, alors que Jules, visiblement déprimé, rampait vers le flacon de cognac laissé ouvert sur le comptoir. Je me suis approché :

— Tu connais un certain Iovem ?

— Le patron ? Il est déjà là ? C’est que la vieille va mourir, je suis fichu.

— Elle va vivre, j’ai fait ce qu’il faut. Mon vieux, il est temps de secouer tes plumes et de te ressaisir. Cobra a une sacrée influence sur le concierge, si tu ne fais rien, tu vas aller griller en enfer !

— J’aimerais bien faire quelque chose, seulement voilà, par quoi commencer ?

— Par une explication ! Que s’est-il passé entre la vieille et le concierge ? Tu devrais l’accompagner. Les flics vont l’interroger, tu n’auras qu’à écouter.

 

Plus tard, grâce à Racado, qui loge dans les caves du commissariat, j’ai su que la mère Dufay avait craché une fois de plus (une fois de trop) juste sur la marche d’escalier que le concierge était en train de balayer. Ce gros naze a pris un coup de sang, et, encouragé par Cobra, il a sorti son Opinel, a coursé la vieille, bousculé sa porte avant qu’elle ne la referme, l’a rattrapé dans le salon, et lui a planté la lame dans le dos.

Si Jules avait été présent, rien ne serait arrivé. Des insultes, sans doute, mais pas le coup de couteau.

Au bar, Sonia a remis son tablier, le cuistot est rentré chez lui et Bob a refermé le piano. L’ambiance était cassée

 

 

 

Une dizaine de jours plus tard, en début d’après-midi, une ambulance a déposé la mère Dufay devant la porte cochère. Un infirmier l’a aidé à descendre de voiture. Elle était un peu voûtée, un bras en écharpe.

Sonia est sortie sur le trottoir pour prendre de ses nouvelles. C’est, je crois, la première fois qu’elles se parlaient. Le patron les a rejointes et a proposé un café. Ils se sont installés à une table, près du piano. Bob dormait encore. J’arrivais de la cour, après une sieste au soleil. Je venais voir ce que le cuistot m’avait mis de côté. En les voyant discuter, je me suis approché. La mère Dufay parlait de sa vie, de sa solitude, de ses déceptions…

Sonia avait un flirt. Pas grand-chose, juste une touche, et encore… À vingt ans on n’est jamais pressé de s’engager, et elle rêvait de devenir chanteuse, alors, les avances du cuistot, même si elle n’y était pas indifférente, elle les laissait mijoter, dans l’espoir de rencontrer un impresario, ou mieux, une vedette connue.

Ma Sonia avait un cœur grand comme son talent. Elle profita de son influence pour demander au cuistot de préparer les repas de la mère Defay, le temps qu’elle puisse réutiliser son bras. Ainsi, à partir de là, chaque jour, Sonia prit l’habitude de monter chez la vieille pour lui apporter un plateau de bonnes choses. Le cuistot y mettait tout son savoir-faire.

Il ne fallut pas longtemps pour que les filles deviennent amies, confidentes, complices… Ainsi, Sonia apprit que la vieille s’en voulait d’avoir provoqué le concierge en lui crachant sur les pieds.

— Il est tellement désagréable avec les pigeons !

— Il risque gros, avec ce qu’il vous a fait, il va sans doute faire de la prison.

— Il ne l’a pas volé, jamais un mot aimable, toujours de mauvais poil.

 

En quelques semaines, son état se trouva nettement amélioré. Elle prit l’habitude de descendre au bar en fin de soirée pour écouter Sonia chanter. Je me souviens l’avoir vu se transformer tant l’émotion l’envahissait, surtout quand elle écoutait la chanson triste. Elle reprenait le refrain à voix basse :

 

Depuis la nuit des temps

Dans les quartiers paumés

Des mélodies nous font rêver

Moi je les fuis, je fous le camp

 

 

 

Faut dire qu’à ce moment-là, on était tous bouleversés. Pas même une puce ne m’aurait fait bouger !

Après trois mois de préventive, le concierge est revenu, libéré en attendant le procès. Bien influencé par Jules, il avait fait son mea culpa en écrivant une lettre à la mère Dufay pour exprimer ses regrets. D’ailleurs, à peine de retour, il monta lui présenter ses excuses. Le travail de Jules commençait à porter ses fruits. Cobra, agacé, bougonnait en préparant ses armes pour contre-attaquer.

 

C’est quelques jours plus tard que Cobra dévoila son plan.

 

Albert, le concierge, se pointa au bar un peu énervé. Des crétins de pigeons avaient utilisé le couvercle de la poubelle comme cible… Sacré spectacle de fientes. Il commanda un cognac et s’installa à une table, dans un coin sombre. Jules, qui ne le lâchait pas d’un pouce, s’allongea sur le zinc, comme à son habitude. Cobra s’était assis sur la table, les genoux repliés sous le menton, l’air pensif.

Bob avait la niaque. Il nous régalait en interprétant du Gershwin. Ça swinguait dans la boîte. Sonia allait de table en table en faisant voltiger sa jupette. Moi je ne me méfiais pas. Tout semblait tranquille. Ce soir-là, la mère Dufay n’est pas descendue. Sonia a chanté, passant du rire aux larmes et tirant des sanglots dans la poitrine de ses admirateurs. Même le concierge s’est décontracté. Moi j’avais un peu la tête qui tournait, car Bob avait sifflé huit doubles babys. Vers deux heures, le concierge est rentré chez lui. Bob a refermé le piano, et, en titubant, il a rejoint sa piaule. Sonia est montée sur la moto du cuistot qui l’a raccompagnée chez elle, quant au patron, il a rangé les chaises en chantonnant un couplet de la chanson triste « Et chante manuel, Dans la nuit étoilée, Tes notes ont dévoilé Ce qu’il me reste d’elle                  Lalalal la lère  »              

Mon intuition me disait qu’il retrouvait des choses vécues dans ces paroles. Sa voix était cassée, morne.

Ensuite il a baissé le rideau, éteint la lumière et il est passé dans son petit deux-pièces qui donne sur la cour. Je me suis faufilé entre ses jambes pour ne pas me retrouver enfermé…

 

Le quartier était encore endormi, les lueurs du petit matin montaient en dessinant des jeux de lumière sur les façades. Je dormais sur un rebord de fenêtre…

Soudain la voix de Toussaint s’est mise à réveiller tout le monde. Il criait à tue-tête des trucs incompréhensibles. J’ai ouvert un œil, la bouche pâteuse J’ai entendu des bruits de verrous, des gens parlaient forts…

J’ai été voir ce qui se passait.

 

La mère Dufay était dans une drôle de posture. Sa tête sur un paillasson faisait un étrange angle par rapport à son corps. Une de ses jambes posait encore sur les marches, l’autre, repliée, lui retombait sur le dos. Ses bras étaient désarticulés. Un petit groupe de locataires l’examinait silencieusement. Toussaint s’était calmé. Mon intuition m’a dit que ça allait tourner au vinaigre pour mon copain Jules et son protégé. Une sirène résonnait déjà dans la rue.  

 

Les flics n’ont pas laissé le concierge prendre le temps de s’habiller. Ils l’ont embarqué en pyjama. La grande messe de ces messieurs de la préfecture a commencé. Le quartier a été bouclé, la circulation détournée, avec interrogatoire des voisins, photos, police scientifique… Le grand jeu.

Tom, éveillé par le boucan, a ouvert le bar plutôt que d’habitude. Du coup les piliers se sont pointés et les opinions ont commencées à fuser. Pour la majorité, « ça devait arriver », « c’était prévisible ». « On n’aurait jamais dû le relâcher dans la nature. »

Tom ne disait rien, il écoutait, en acquiesçant de la tête, mais moi qui le connaissais bien, je sentais qu’il était perturbé. Comme moi, il ne comprenait pas.

Jules est entré en traversant la baie vitrée. Il s’est posé sur le zinc, à côté de la bouteille de Calva. Il avait sa tête des mauvais jours. Je me suis approché.

— Mon pauvre vieux, te voilà dans une sacrée mélasse !

— Salut Belair. Tu te rends compte, quelle histoire !

— Qu’est-ce qui lui a pris ? Cobra avait préparé son coup ?

— Cobra ? M’en fous. Tu parles, il enrage ! Sa promo vient de lui passer sous les cornes. Je suis inquiet pour Albert, il n’a pas de bol.

Je me suis secoué les oreilles, comme si j’entendais de travers…

— Tu peux parler clairement ? J’ai du mal à te suivre.

Il m’a fixé, visiblement réconforté par les vapeurs du pousse-café et m’a souri.

— Ce n’est pas Albert qui a tué la vieille ! Il est en voie de devenir un martyr de la justice de ce pays. C’est bon pour moi, mais con pour lui !

 

J’en suis resté sur le cul ! Albert innocent !

Une voix m’a interpellé.

— Pousse-toi de là matou ! Dégage !

Je me suis réfugié sur le piano. Le bar ne désemplissait pas, les discutions s’enflaient, chacun ayant son avis sur le scénario du crime, son Mobil, comment on aurait du l’éviter… Tom, une serviette sur l’épaule, servait les petits noirs bien serrés, arrosés de Calva. Jules flottait maintenant au-dessus, dans les effluves d’alcool.

Cobra est apparu d’un coup. Surpris, j’ai fait le gros dos en montrant les griffes. Je n’aime pas qu’il me surprenne, ça me fout la trouille. Un client s’est marré en attirant les regards sur moi :

— Hey, regardez ce matou. On dirait qu’il voit un fantôme !

Il y a eu un éclat de rire général, puis, comme je me recouchais, les conversations ont repris. Cobras s’est approché. Il était défait, visiblement furibond.

— Toutes ces années de travail pour rien !

Jules s’est laissé porter par un courant d’air pour se rapprocher.

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LMC 7

janvier 1st, 1970 by

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Cotto visionne un paysage riche et sauvage. Après avoir mis le vaisseau sur une large orbite, il choisit une terrasse herbacée surplombant une plage en bordure de l’océan pour y établir sa base. La navette est en approche. Mike et Daho-Met observent en silence le déroulement de la manœuvre.

Depuis quelques jours, ils ont pris connaissance de la situation politique et économique de la planète. C’est en touristes curieux qu’ils vont explorer cette civilisation. La base déployée sur le continent sud offre des infrastructures confortables. De là, il sera facile de gagner discrètement les régions qu’ils souhaitent explorer. Un équipement taillé sur mesure leur a été préparé, intégrant sous l’aspect de vêtements bourgeois, le nécessaire pour leur sécurité et leur confort.

Auparavant, Cotto veut examiner la sonde inconnue. Cette présence inconnue l’intrigue. Laissant ses compagnons s’organiser pour prendre pied sur le continent habité, il retourne en orbite pour une approche de l’objet.

Ce qu’il découvre est surprenant. Loin d’être d’un objet étudié, la sonde ressemble à un agglomérat de fonctions, ajustées les unes sur les autres. D’un point de vue efficacité, rien ne cloche, juste cet aspect bricolage.

Le peu d’informations qu’elle relève sont élémentaires ; atmosphère, température, présence de faune et flore… Rien de très élaboré. Les moyens de transmission sont archaïques, lents. En une petite d’heure, Cotto a tout examiné. Il sait qu’il n’en tirera pas grand-chose sur son origine. Elle voyage peut-être depuis des années, mue par un moyen de propulsion mécanique complètement dépassé.

Il regagne la base.

Pendant son trajet, le Jarlw s’insinue dans son esprit. Le message est court, simple et précis : « J’ai rencontré un être de cette planète possédant l’âme d’un Danyon. Il est en grand danger ! »  

— Protége le. Ne le lâche pas et tiens-moi au courant de tous ses faits et gestes.

Troublé, Cotto repense à son vieil ami Triabs V’ Yeur. Lui aussi était un ancien Danyon réincarné. « Décidément, pense-t-il, je ne suis pas ici par hasard. Il était temps que je reprenne de l’activité. »

 

 

Réunir les affaires du prince ne prend que quelques minutes. Curieusement, il ne pose aucune question. Il semble encore dans ses prières… D’Astan le presse, lui expliquant que les instants sont comptés, que des milices doivent être sur leurs traces, qu’il y a péril à traîner…

Rien n’y fait. Chabert prend le temps de respirer une dernière fois l’air pur de sa clairière et de caresser les arbres. Comme s’il ne devait jamais revenir. Puis, prenant appui sur une souche, il se hisse sur sa monture.

— Allons capitaine, je suis prêt !

D’un coup de talon, il lance sa bête et s’engage sur le chemin.

Chevauchant sur sa gauche, d’Astan l’observe avec une certaine sympathie. Pas besoin d’être expert pour comprendre qu’il n’est pas à l’aise sur sa selle. Ses guenilles râpées lui donnent l’air d’un bagnard que l’on conduit aux galères.

— Messire, je regrette de n’avoir pas de vêtements  dignes de votre rang, à vous offrir. Nous trouverons sans doute un drapier sur notre route.

— Inutile capitaine. Je me sens très bien comme ça. Parlez-moi donc de mon oncle, quelle mouche le pique pour faire appel à moi. Il ne manque pas de fins politiques dans son entourage. D’autres que moi sont certainement plus aptes à accomplir cette responsabilité.

— Tout n’est pas si simple. Votre isolement vous a écarté des réalités du monde. Il est de mon devoir de vous informer de la situation.

Tout en conversant, ils cheminent au petit trot. Par sécurité, ils contournent les villes, s’enfonçant dans les forêts épaisses. Après deux journées de chevauchée sans faire de mauvaises rencontres, le prince, manifestement peu habitué aux longs parcours, ressent des courbatures bien naturelles. Ils décident de faire une pause dans l’auberge d’une paisible bourgade.

A leur entrée dans la cour,  le maître des lieux et un  commis, en discussion devant le puits, les accueillent.

— Holà aubergiste ! As-tu bons lits et bonne chère en ta demeure ?

— Tout ce que vous désirez, nobles voyageurs. Et votre valet trouvera de la bonne paille dans l’écurie pour sa couche.

D’Alban va pour répondre, mais d’un geste, Chabert le fait taire.

— Enfin un bon lit, s’exclame Clovis, qui n’a pas compris le quiproquo.  

D’Alban se dit que si des mercenaires les recherches, ils n’iront pas imaginer qu’un prince du sang se cache derrière ces guenilles. Autant jouer le jeu.

— Montre-nous les chambres et fais nous préparer un bon souper, pour quatre !

— Tout de suite mes seigneurs, suivez-moi.

 

Ils s’installent dans deux chambres à l’étage, au-dessus des écuries. Clovis et Térence dans l’une, le capitaine et le prince dans l’autre, puis descendent s’attabler devant une cruche de vin en se régalant par avance de la volaille qui rôtie sur la broche de la cheminée.

Térence emplit les gobelets. La poussière du chemin est encore dans leurs gosiers.  La première cruche est vite vidée. Il appelle le patron.

— À boire !

L’homme s’empresse. Il sort plusieurs flacons de sa réserve qu’il dépose sur la table.

— Buvez messeigneurs, nous avons les meilleurs vins de la région. Les visiteurs d’hier soir m’en ont bu plus que de raison, mais j’ai encore de quoi vous abreuver.

— Tu as eu du monde hier soir ?

— Oui, des soldats, comme vous, une dizaine de joyeux compères.

— Que faisaient-t-ils dans ce coin reculé ?

— J’ai cru comprendre qu’ils sont à la recherche d’un grand seigneur. Je ne voudrais pas être à sa place… 

— Tu m’intéresses l’ami ! Sais-tu par où ils sont partis ?

— Ils ont passé deux jours à fouiller la campagne, et, en fin de compte, ils sont retournés vers le fleuve. C’est le meilleur moyen de contrôler les passages entre les deux royaumes.

Clovis verse le vin. Il tend un gobelet à l’aubergiste.

— Tu dois bien connaître la région, ou est donc le meilleur endroit pour traverser ce fleuve ?

L’aubergiste accepte le vin, il en boit une gorgée, puis, prenant un air réfléchi :

— Je ne vois que trois solutions : en ville, à Neufpont, à six lieues d’ici, c’est le plus fréquenté. Le bac de Carmac en amont et le gué de Valbouée, plus en aval. Dailleurs, c’est là qu’ils se sont répartis. Ce seigneur n’a aucune chance de passer.

— Et tu dis qu’ils étaient une dizaine ?

— Dans mon auberge. Mais j’ai dû en envoyer une trentaine vers Neufpont, car je n’avais pas de quoi loger tout le monde.

L’aubergiste retourne à ses fourneaux. D’Alban se penche vers ses compagnons.

— Parions qu’ils sont après nous. La tâche se complique.

— Pour vous ! dit le prince. Ces mercenaires cherchent un prince, pas un mendiant. Je n’aurais pas trop de mal à passer les mailles du filet, par contre, vous, avec vos états de service, vous risquez d’être reconnu par d’anciens compagnons, voire des adversaires.

— C’est certain, précise Térence. Nous devrons nous séparer.

 

Tout en dégustant une volaille rôtie à point, ils mettent au point leur stratagème. La nuit est déjà tombée quand ils gagnent leur couche pour une bonne nuit de repos.

 

 

Cette même soirée, deux silhouettes se font déposer plus au nord, au cœur de la capital du royaume. Une cour déserte les accueille, puis, la navette disparaît. Deux bourgeois quittent la cour par une ruelle et gagnent un faubourg surpeuplé. Ils entrent dans une auberge comme deux voyageurs fourbus d’un long parcours. Ils savent que la maison est soignée, que des chambres sont libres et qu’un commando de micros robots est déjà passé pour les désinfecter et les débarrasser des puces, punaises et autres acariens de toutes sortes. Cotto les rejoindra plus tard. Il est absorbé par un autre projet, déterminer pourquoi cette navette émet. En effet, en disséquant ses fonctions, le robot a déterminé qu’elle était de type « chasseur », c’est en suivant une trace, en pistant quelque chose qu’elle est parvenue jusqu’ici.

 

 

De bon matin, des sabots résonnent sur les pavés.  Clovis et Térence ouvrent la route. Le prince reste en arrière avec d’Astan, par sécurité. En une heure, ils parviennent aux abords du fleuve. La route s’est élargie, de nombreux chariots s’acheminent vers le pont. Le bourg est perché sur un front rocheux, sur l’autre rive.

— Nous y voici !  

— Je passe le premier, dit Térence. J’attendrais juste après la poterne. 

Il pousse sa monture, se mêlant au trafic. A l’entrée du pont, trois soldats sont assis sur un des piliers. Ils observent les passants d’un regard distrait, encore liés au sommeil récent. En découvrant Térence, l’un d’entre eux se lève et lui fait signe.

— Holà camarade. Où vas-tu de si bon matin ?

— Je suis soldat, comme tu le vois, j’ai entendu dire qu’il y aurait de l’enrôlement. Qui est ton maître ?

— Notre compagnie ne recrute pas, mais tu trouveras à te louer plus au nord. Il se prépare des choses bonnes pour notre corporation.

— Merci l’ami. Que fais-tu ici ? Tu surveilles le passage ?

— Mission secrète, compagnon. Je ne dois pas en parler. Aurais-tu croisé en chemin un seigneur accompagné d’une petite escorte ?

— Je n’ai vu que des paysans, des mendiants et des moines. Et aussi un soldat traînant un cheval blessé. Je crois qu’il cherche lui aussi un enrôlement.

— Bonne route.

Térence s’engage sur le pont, passe la poterne et disparaît des regards.

Dix minutes se passe, et un autre cavalier, traînant un vack boiteux derrière lui, se présente devant le pont.

Les trois soldats sont toujours en poste. Ils l’arrêtent pour la forme.

— Salut camarade. Il parait que tu cherches un enrôlement ?

— Exact, mais je dois d’abord faire soigner mon vack. Y a-t-il un maréchal-ferrant dans ce bourg ?

— Tu le trouveras sur la place de l’église.

Ils lui ouvrent la route en bousculant quelques manants. Clovis rejoint Térence. D’un coup de canif, il ôte le silex qu’il avait glissé dans le sabot du vack.

— Le voici prêt à reprendre la route. As-tu remarqué d’autres gardes ?

— Ils sont ici, dans cette taverne. Une dizaine, dont une bonne moitié vient de monter la garde toute la nuit et dort sur des bancs. Je n’en ai reconnu aucun. Une chance.

— Ca devrait se passer comme prévu.

A ce moment, le prince, avançant nu-pied dans sa robe de bure rapiécée, les rejoint. Il passe à coté d’eux sans s’arrêter et s’enfonce vers le centre du bourg. Aussitôt ils le suivent sans le rattraper.

 

D’Astan a surveillé la progression du prince, dès qu’il l’a vu disparaître sous la poterne, il a fouetté sa monture pour rejoindre le gué. Trois soldats, même en ordre dispersé, auraient pu éveiller les soupçons.

Il lui faut une demi-heure pour y arriver. A cet endroit, le lit du fleuve s’élargit et permet sa traversée. Il s’engage dans le courant.

Sur l’autre rive, trois gaillards entourent un feu auquel ils se réchauffent. En l’apercevant, l’un d’eux le désigne du doigt à ses compagnons.

D’Astan est sur ses gardes, il connaît les réactions brusques de certains détraqués, toujours a la recherche d’une occasion pour provoquer un duel.

Arrivé sur l’autre rive, il laisse sa monture reprendre son souffle. Il n’a mouillé que le bas de ses bottes, mais s’approche du feu pour saluer les soldats.

— Ca alors ! Le capitaine d’Astan ! Quelle surprise.

— Tufdieu ! Toi ici ? Si je m’attendais…

Se tournant vers ses compagnons

— Les gars, je vous présente le meilleur capitaine du royaume de Nerfac. Un sacré combattant.

— N’exagère pas, je t’ai souvent vu te battre, je n’aurais pas aimé être ton adversaire.

— Qu’est-ce qui vous amène dans ces parages ?

Il hésite…

— Il y a des questions qui ne se posent pas, mon vieux Tufdieu.

— Ha, encore une mission secrète. Toujours au service du roi Ecture ?

— Toujours ! Et toi ?

— J’ai pris un engagement chez le duc d’Ive. Le service est plutôt tranquille.

— On est loin de ses domaines ! Il veut envahir le royaume de Gaespen ?

Ils rient tous les quatre.

— Non, au contraire, il attend un prince et son escorte. On doit les retarder.

Ce disant, il tapote la garde de son épée.

— Vous voyez ce que je veux dire ?

— Et bien bonne chance. Ma route est encore longue, je dois y aller.

Il fouette sa monture et part au galop.

 

Il retrouve ses compagnons à la sortie du bourg. La route vers la capitale est maintenant dégagée, ils s’élancent, convaincu qu’il n’y a pas une minute à perdre.

Moins d’une semaine plus tard, c’est couvert de poussière, vacks fourbus, qu’ils font leur entrée dans la cour du palais.

 

 

Daho-Met et Mike jouent les touristes. Surtout Mike, qui trouve dans les échoppes des artisans, des objets fantastiques d’un autre age, qu’il achète sans compter. Daho-Met s’intéresse plus à la politique, son coté journaliste prend le dessus.  Pris de passion pour la situation du royaume, c’est en utilisant les moyens à sa disposition qu’il peut analyser les événements, et surtout, comprendre ce qui se trame.

Au bout de quelques jours, un troisième bourgeois les rejoint. Cotto a fait le tour de la question, concernant la sonde spatiale. Ce qui l’intéresse maintenant au plus haut point, c’est de rencontrer celui que le Jarlw à détecté, et surtout découvrir qui se cache derrière cette réincarnation.

Attablé devant des pâtés maison, dégustant un vin de pays du meilleur cru, ils échangent leur point de vue.

— M’est avis, dit Daho-Met, que ce vieux roi n’en a plus pour longtemps et que sa disparition va déclencher un véritable chao.

— Explique ?

— L’héritier n’est qu’un gamin. Les envieux sont légions. Dès que le vieux va mourir, les voraces vont se jeter sur le trône. Les manœuvres ont déjà commencés. C’est dommage, ce pays est en paix, le commerce marche, les gens ne semblent pas malheureux… Et tout ça va être fichu par terre à cause de trois ou quatre ambitieux.  Vous ne pouvez pas intervenir pour empêcher ça ?

— A quel titre ? Ici je ne suis rien ! Et de toute façon, je ne peux pas enfreindre les lois que j’impose aux autres. Je vous rappelle que nous sommes ici en observation, pour empêcher les Colbats d’y prendre pied.

— C’est stupide. Vous avez sûrement les moyens d’éviter un carnage et la misère qui va suivre. Ne pas intervenir est criminel !

Un sourire se dessine sur le visage de Cotto.

— Comment ? En envoyant mes robots combattre les armées d’envahisseurs ? Qui serait l’envahisseur ? Et quel choc pour ces peuples.    

Cotto marque un temps d’hésitation, il réfléchit.

— On doit pouvoir travailler dans l’ombre, donner un coup de pouce discret… De quoi souffre ce bon vieux roi ?

— Sincèrement je ne sais pas.

— On va se renseigner…

 

 

La cour est silencieuse. Toute la noblesse du royaume est présente au chevet du roi, faisant les cent pas dans la grande galerie. Les ragots vont bon train. On parle de deux armées en formation, prêtes à monter sur la capitale. Les troupes fidèles sont désorganisées, victime de désertions en masse, alléchées par l’or du duc félon.

Dans la chambre royale, Ecture prend connaissance des derniers rapports. Ses médecins, pressant, insistent pour lui faire avaler une potion au goût nauséabond. Il les fait attendre.

Seul son ami, le patriarche Mgr D’Orvet, a gardé toute sa confiance. Il lui fait signe d’approcher.

— D’orvet, avez-vous des nouvelles de mon neveu ?

— Rien sire, ce qui, compte tenu de la situation, est plutôt rassurant.

— Le capitaine d’Astan est un vieux limier. Mais voici plus de deux semaines qu’il est en chemin. Et ne suis pas sur de pouvoir l’attendre.

Il jette un regard sombre sur les médecins.

— Et ceux là ne m&

LMC 6

janvier 1st, 1970 by

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Planète Saqqa.

Royaume de Nerfac

le roi: Ecture V le bon

Mathiane (veuve du dauphin)

James
(huit ans)

Duché dIve

Duché de Bergogne

Patriarche Mgr D’Orvet

Capitaine d’Astan

 

 

 

 

 

 

 

Térence

 

 

 

 

 

 

 

Clovis

 

Royaume de Gaespen

Royaume
de lamin

Royaume
de Deusen

Arnold II le magnifique

Rosac X
le fou

Hontrelux IV le petit

Prince Chabert

 

 

 

Ecture V, dit le Bon, souverain du royaume de Nerfac, parcourt la missive que lui a fait parvenir Mr de Montaise, son ambassadeur. Les nouvelles le tracassent. Son vieil allié, le roi du Gaespen, est en train de le lâcher, comme il le prévoyait. La situation du royaume n’est pas brillante. L’époque où le pays dominait ses voisins est maintenant bien lointaine. Une succession d’adversités en sont la cause. Tout d’abord, la mort tragique de son fils unique, héritier de la couronne, au cours d’une partie de chasse. Puis la brouille entre ses cousins, le duc d’Ive et le duc de Bergogne, pour une question de préséance durant d’un banquet. Ces deux-là se détestent comme se détestaient leurs pères et leurs grands-pères. Une tradition familiale en quelque sorte. Sauf que par le jeu des alliances, une guerre menace sur le royaume entre deux vassaux. Et pire, ils ont fait appel à leurs cousins, princes ou rois voisins qui tous, trouvent intérêts à réduire la puissance d’Ecture le Bon.

Le roi est vieux. Il pensait laisser à son successeur un royaume fort et en paix, comme il l’avait reçu lui-même. Au contraire, il sent monter les félons de tout cotés, les ambitions ne se cachent plus, et son armée, autrefois redoutable, est amputée des deux grands partis qui s’affrontent.

Comment s’assurer que son petit fils, James, âgé seulement de huit ans, pourra se maintenir sur ce trône ? En qui placer sa confiance ? Où trouver le prince dont la fidélité ne fait aucun doute et qui pourra contenir les rivaux du jeune James ?

Le duc d’Ive réclame la régence, le duc de Bergogne l’exige. Le roi de Lamin lorgne en douce sur les provinces du sud, le roi de Deuse réunit son armée au nord. Les chevaliers de tous les horizons, en quête d’aventures, s’arment et viennent s’enrôler dans les escadres de mercenaires à qui offre le plus…

Ecture le Bon n’envisage pas l’avenir sereinement. Ses proches, ses fidèles, le pressent de réagir, de réunir l’ost royal pour mater les ducs et reprendre en main la destinée du royaume. Mais le trésor est vide, les meilleurs capitaines font défaut. Que faire ?

La veuve de son fils, Mathiane, est intelligente et courageuse, mais jamais une femme n’a tenu les rênes du pouvoir en ce pays. La désigner régente serait déclencher la rébellion…

Un page survient, le sortant de sa réflexion.

— Sire, le patriarche vient d’arriver, il attend votre bon vouloir.

— Qu’il entre !

 

Le personnage qui s’avance vers le roi, le buste ployé en signe de soumission, est le chef suprême de la religion pour tout le royaume. C’est à la foi un allié indispensable et un informateur précieux grâce à son réseau de prêtres.

— Alors Monseigneur d’Orvet, qu’allez-vous m’annoncer comme nouvelle catastrophe ?

— Hélas Sire, je crains que les provinces de l’Ouest ne fassent alliance avec le duc de Deuse. Ce n’est pas contre vous, le duc prétend que le jeune prince sera en danger si d’Ive et ses alliés s’empare de lui. Il soulève la noblesse des provinces qui vous est loyale.

Le roi fulmine en marchant de long en large.

— Je ne suis pas dupe. L’un ou l’autre n’a qu’une idée en tête, la couronne. Dès ma mort annoncée, ils n’hésiteront pas à provoquer la disparition de James. À moins que je ne trouve l’homme providentiel qui pourra incarner la régence sans arrières pensées.

— Avez-vous des noms Sire ?

— Malheureusement non. Tous ceux qui, de par leur naissance, pourraient prétendre à ce rôle, sont actuellement ligués dans l’un ou l’autre camp.

— Il reste quelqu’un de votre famille. À ma connaissance il est en dehors de toute cette agitation.

Surpris, le roi fixe le patriarche.

— De ma famille ? À qui pensez-vous ?

— Votre neveu Chabert !

Le roi éclate de rire :

— Chabert ! Et pourquoi pas le roi du Gaespen. Comme ça il n’y aurait plus de question, mon royaume serait directement annexé au sien !

— Chabert est différent Sire. N’oubliez pas que son père, le roi du Gaespen est l’époux de votre sœur et que vos rapports ont toujours été très bons.

— Je viens d’apprendre qu’il se lançait dans la guerre de succession. Il ne lui a pas fallu longtemps pour voir son intérêt. Alors, imaginez si je désigne son fils comme régent.

— Chabert n’a pas de prétention sur votre trône, pas plus que sur celui de son père. Il n’est que le quatrième fils, et il a renoncé aux honneurs depuis longtemps.

— Il est abbé, je crois ? Vous le connaissez ?

— J’échange une correspondance avec lui depuis de nombreuses années. Il fut étudiant dans une de mes classes.

— On m’a toujours dit qu’il était nigaud. Incapable de tenir une arme sans se blesser. Peur du sang.

— Ce n’est pas un chevalier hors pair, exact, mais nigaud, ça non ! J’ai le souvenir d’un garçon jovial, posé, curieux de tout.

Le roi a un mouvement de rejet ;

— Vous n’y pensez pas. Il est entré en religion sur ordre de son père qui avait honte de lui. Il n’a même pas su tenir l’abbaye dont il était supérieur. J’ignore ce qu’il est devenu, mais il n’a certes pas le profil que je recherche.

— Sire, c’est votre décision.

À cet instant, le visage du roi se crispe. Il titube en portant une main sur sa poitrine. Le patriarche se précipite pour l’empêcher de s’effondrer.

— Vite, à l’aide, le roi à un malaise !

Les pages se précipitent. Le roi est allongé sur une banquette et on court prévenir ses médecins. De toutes parts du palais, les courtisans et serviteurs se précipitent.

Le Roi redresse le buste. La douleur fulgurante s’estompe. Il s’adresse à Louis d’Astan, le capitaine de ses gardes.

— Aidez-moi d’Astan, il faut que je me relève.

— N’en faites rien, s’interpose un des médecins. Je dois auparavant pratiquer une saignée. Votre état l’exige.

— D’ Astan, fichez-moi ces charlatans dehors.

Le soldat tire sa longue rapière du fourreau et d’un geste menaçant désigne la porte aux trois médecins. Sa réputation est telle qu’ils n’ont pas une hésitation et se précipitent hors de vue.

Au chevet du roi, les plus hautes noblesses se pressent. Ce sont des fidèles, leur inquiétude est sincère.

— Appelez mon secrétaire, souffle le roi épuisé.

Le scribe s’approche, sa tablette et sa plume prêtent à l’usage.

— Voici une ordonnance. Je veux que tous ici l’entendent et puissent témoigner qu’elle est formulée de mon plein gré et en toute conscience. Notez :

« Afin de rétablir l’ordre et la paix dans le royaume, moi Ecture V roi de Nerfac, décide que mon successeur ; le prince James sera soutenu durant sa jeunesse, et ce, jusqu’à sa majorité, par un régent que je désigne devant témoins. Je confie cette tâche difficile à mon neveu Chabert. Que Dieu lui vienne en aide. »

La plume grince sur le parchemin. Les hauts personnages, stupéfaits, se dévisagent. Le roi ôte son anneau et le tend au scribe afin qu’il place son sceau au bas du texte. Le patriarche, à demi étonné, croise le regard du roi. Pas un mot n’est échangé entre eux, mais il y lit cet avertissement : « Faites que vous ayez raison… »

Le roi se crispe soudain, une nouvelle attaque le saisit.

— D’Astan, approchez !

Le capitaine pose un genou à terre, il approche son visage du monarque.

— Trouvez et ramenez ce Chabert. Vous savez ce qu’on dit de lui. Il aura besoin de votre épée et de celles de vos compagnons pour mener à bien sa mission. Je compte sur votre loyauté. Le patriarche vous aidera, je réponds de lui. N’attendez pas, partez dès que possible.

LMC4

janvier 1st, 1970 by

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C’est intimidé que les représentants des élus de l’empire des cobalts font le pied de grue dans le grand salon du palais impérial. Officiellement, il s’agit d’une consultation exceptionnelle, comme le prévoit la constitution. Il ne fait pas de doute que leur avis sera de respecter la charte interplanétaire. Voilà pourquoi Daloïux IX, actuel Cobtsar  a demandé à ses plus proches conseillers d’en débattre auparavant en privé.

Sont présents dans le cabinet particulier ; le comte Almond de Voilenoir, ministre des armées, le général Aamil Legland-Saybon, conseillé militaire et le capitaine Harrid Jook, éminent organisateur des jeux triennaux.

Daloïux IX n’est pas de la même trempe que ses ancêtres, il est réfléchi, plutôt pacifique et d’un naturel prudent. Les lourdes défaites subies par son peuple sont encore dans les mémoires. Depuis cinquante ans, la paix règne sur son empire, et même s’il a perdu quelques parcelles de pouvoir, il reconnaît volontiers que cette charte a pas mal d’avantages. Voilenoir, son ministre, a connu cette époque, il est conscient du danger que représenterait un écart d’appréciation des engagements pris avec le Danyon.

Mais un cobalt reste avant tout un cobalt. Et rien n’a plus d’importance à ses yeux, [jp1] que les jeux. Or, depuis quelques décennies, les organisateurs sont confrontés à un problème majeur ; plus de nouveauté à proposer, plus de nouveau monstre… Déjà que la suppression de l’esclavage a changée la donne ; les combattants se sont trouvés protégés par des conventions : résultat fin des combats mortels, plus de sang sur le sable des arènes.              

C’est pour cela que le capitaine Jook a demandé cet entretien très particulier au Cobtsar. La découverte d’une planète de type T1 est une chance formidable, le fait qu’il s’y soit développé une civilisation est un handicap, mais il y a peut-être un moyen de trouver un arrangement pour effectuer une exploration discrète et prélever quelques fauves sans nuire aux autochtones…  

Pour cela il faut l’aval des autorités, voire le feu vert du Danyon…

Mais les représentants du peuple, c’est certain, voteront tous de la même manière, respect de la loi !!!

Daloïux IX le sait. Voilà pourquoi c’est en catimini qu’il accorde au capitaine Jook ce qu’il lui demande.

─ Souvenez-vous capitaine, pas de vague, totale discrétion. Vous endossez l’entière responsabilité de cette action.

Le ministre enchérit :

─ En cas de problème, nous nierons vous avoir donné la moindre aide.

Le capitaine a un rictus de satisfaction :

─ Merci sire. N’ayez crainte, personne ne saura quoi que ce soit. J’utiliserai mes astronefs. Tout se passera bien.

Il se retire bouillonnant d’impatience de mettre les gaz vers cette planète, plaçant à présent tous ses espoirs dans la découverte de monstres dignes des prochains jeux qu’il désire extraordinaires

Si le capitaine est heureux, le Cobtsar lui a un soupir de résignation. Tiraillé, il a cédé, mais il sait que si le Danyon découvre cette initiative il joue gros… Il ignore qu’à quelques centimètres sous le plafond, une sorte de moucheron minuscule a tout vu, tout entendu et déjà transmis l’info vers Chamlee la Belle

 

Mike est en conversation avec un charpentier. Le devis de restauration de son bateau dépasse de beaucoup ses propres estimations. Il tente de discuter point par point, mais le professionnel connaît son métier et ne démord pas de ses calculs. Daho-Met assiste à la négociation. Pour sa part, le bateau est bon pour la casse. Jamais un Mulgs n’oserait s’embarquer sur un tel rafiot.

Peinard dans sa cabine, Cotto sommeille sur une lecture ennuyeuse. Le passage d’un remorqueur provoque une vague dans le port. Le tangage le sort de son apathie. Il pose le livre, s’étire en bâillant et s’apprête à sortir prendre l’air quand la petite voix familière du Jarls pénètre ses pensées.

« Xa me charge de t’informer d’un événement nouveau »

─ De quoi s’agit-il ? Répond-il à voix haute.

« À propos d’une très ancienne sonde Cobalt qui vient de s’éveiller et d’émettre. Elle se trouve à proximité d’une planète de type T1 située dans la galaxie. Secteur ATG. C’est loin de tout. Jamais exploré. Cette planète possède une civilisation. »

─ Et alors ? Xa m’a déjà prévenu.

« Nos propres sondes seront sur place dans quelques heures. »

─ Bien. Comment réagissent les Cobalts ?

« Un vote unanime des sénateurs vient d’exprimer leur intention de rester à l’écart de cette planète, conformément aux règles. Pourtant, en secret, le Cobtsar, a donné son accord pour une mission d’exploration. »  

─ Tien donc, les vieux démons se réveillent ?

« Non, il s’agit d’une opération destinée à découvrir des fauves pour les prochains jeux. »

─ Ils le font sans demander d’autorisation ?

« Ces Cobalts n’ont pas conscience de notre puissance. Il s’est passé beaucoup de temps depuis le dernier conflit. Xa pense qu’une sanction serait nécessaire »

Cotto prend le temps d’une réflexion. Une sanction alors que les représentants du peuple ont largement voté dans le sens de la loi… non, c’est uniquement ce jeune Cobtsar qui a besoin d’une leçon.

─ On ne fait rien. Nous les surveillons de près et nous attendons. Combien de temps leur faudra-t-il pour être sur place ?

« Sept mois et demi »

─ C’est si loin que cela ?

« Pour eux oui, la Terre en est beaucoup plus proche et en cas d’urgence, avec le nouveau vaisseau qui se trouve en attente sur la Lune, on pourrait y aller en 10 jours. »

─ Ce nouveau modèle que je viens de recevoir ? Je ne l’ai pas encore vu.

« L’occasion pour toi de l’expérimenter. »

─ Tu voudrais m’envoyer là-bas ?  

« Pourquoi pas ? »

 

Une moue dubitative s’inscrit sur son visage.

─ Après tout, tu as raison… C’est le moment pour moi de reprendre mon rôle de Danyon. Fais venir une navette. Qu’elle soit prête à tout moment pour m’emporter sur la Lune.

Il quitte le bateau pour rejoindre Mike.

─ Alors ? Combien les travaux ?

Mike fait la grimace.

─ La peau des fesses. J’ai peur de ne pas pouvoir faire face. Je vais devoir me trouver un job pour plusieurs mois, peut-être accepter la proposition de ma famille… et en faire un maximum moi-même. Je n’ai guère le choix !

Daho-Met  est navré. Il ne comprend pas qu’on puisse vouloir remettre en état une telle épave. Pourquoi faire ? Mais Mike lui est sympathique ;  

─ J’aurais aimé pouvoir faire quelque chose pour vous aider, mais je ne suis pas manuel…

Cotto le coupe :

─ Et vous n’aurez certainement pas la possibilité de rester plusieurs mois sur place.

─ C’est exact… Je suis attendu.

─ Vous en faites pas, s’exclame Mike. Je me suis toujours débrouillé seul, j’ai l’habitude.

─ Permettez-moi quand même de vous offrir à dîner ce soir.

─ Ca c’est une bonne idée, pas vrai Cotto ?

Pas trop le choix, ce Mulgs est malin.

─ Ça va vous coûter cher. J’ai envie d’huîtres et de homard !

─ Tout ce que vous voudrez.

 

Ils se retrouvent installés à la terrasse d’un restaurant, le long d’un canal, en centre-ville. Devant Cotto, les visages de ses compères sont mitigés. L’un fait la gueule, c’est Mike. L’autre est nerveux, préoccupé, il n&rsq